lundi 7 mai 2007

En noir et blanc...

C’est la panique!
Elise passe en courant devant ma chambre…
“Hurry, Q! They’re coming in like half an hour!”
Je ramasse une pile de vêtements qui traîne à coté de mon lit que je jette aussitôt dans ma grande armoire, avec deux-trois paires de souliers, mes livres d’école, ma boite de bijoux (shit! qui viennent de se répandre partout dans l’armoire), ma brosse à cheveux et mon tas de sacs et de sacoches.
Merde! Les photos!
Je saute sur mon lit et décroche en vitesse les quelques photos que j’avais accrochées.

…ahh…Ming et ses yeux en demi-lune qui rit… Dou et Oli, le beau p’tit couple au milieu des feuilles sur Saint-Hubert…Gi! Et notre fameuse soirée carburée au Cyclón…Amanda couchée au soleil aux premiers Tamtams du printemps…Jada, Jada…ahhh…puis, quelques étranges photos de gens avec des masques africains : c’est qui ça? Paul? Christine et moi? Ahaha…
Je sais pas si c’est le noir et blanc, mais tout d’un coup, j’ai une bouffée de nostalgie.
J’ai hâte de vous voir la gang.

« Yo, Q, do you need help? »

Je lève mes yeux un peu humides.
Josh, Elise et Sophie sont dans le cadre de porte.
Quand je pense que c'est bientôt eux que je regarderai sur des photos en noir et blanc…

« Yeah, ok, help me out with the bed… Josh, can you put my pillow and sheets in your room? Elise, can you help me bring the TV in? We’ll just pretend this is the tv room alright? »
(inspection-surprise de la maison par les proprios…comme il n’existe officiellement que trois locataires, ma chambre doit « disparaître »)
« Did someone remove the posters in the bathroom? »
(pas le droit d’utiliser de la gomette ou du papier collant)
« Yeah, and someone, take down that paper everybody wrote on during the party...»
« What are we going to do about the carpet in the corridor? »
(qui est noir et brun au lieu de beige depuis le party)
« Let’s just cover it with rugs…and hope they don’t look underneath.»
« Yeah… cause if they do, we’re in trouble… »
(genre qu’on ne récupère pas l’argent du « bond » qui est de plus de 500$ chacun)
« Should we wash up the pink spaghettis Claudio vomited near the gate at the party? »
« No man, that’s a piece of art! »
« hahaha ! »
« What about Boris? »
« Yeah, he’s up in the tree again! »
« That’s a piece of art too! »
« hahahaahaha! »

On replie mon lit pour en faire un divan, ferme les portes de la grande armoire, et installe la télévision dans le coin.
En cinq minutes, plus de traces de mon espace de vie.
Ça me fait toujours bizarre de me rendre compte que ça tient en une valise tout ça…
ok mettons deux…deux grosses…deux énormes…et ben remplies…

Alors que je sors aider mes colocs à cacher les taches sur le tapis du corridor, je remarque une autre photo installée derrière la porte…Tiens! J’avais failli l’oublier celle-là.
Je la décolle doucement.
Au bas de la photo, une main que je connais bien a écrit une citation de l’écrivain suisse Nicolas Bouvier : « Je n’ai pas le pouvoir de convoquer le monde, mais peut-être celui de me rendre à quelques unes de ses convocations ».
Au milieu des montagnes népalaises qui apparaissent tranquillement à travers la brume du matin, une fillette, toute minuscule dans sa grosse doudoune brune, regarde la beauté du monde qui se réveille.
(…la p'tite Chloé…Chlo, devenue grande...Eye, ma sœur, si tu me lis, saches que j’t’aime. Pis même si tu me lis pas, j’t’aime quand même…qu’on lui fasse le message, merci.)

Oh que d’émotions ce matin!
Stress, nostalgie, appréhension, rires, sérénité, amour…
Fatigue?
Mon deuxième cappuccino (merci Jamie Oliver pour la technique de moussage de lait sans mousseur) ne fait, pour l'instant, pas plus effet que le premier.

Pendant que la poussière retombe et qu’au 6 Warburton, on attend des proprios qui ne se pointeront finalement même pas, j’en profite pour avancer mes lectures sur les origines du multiculturalisme canadien (pour un travail qui le compare avec sa version australienne et qui risque d’être passionnant).

Non mais pareil, on en a-tu tué de l’Amérindien!!!
Josh, avec bonté, écoute ma bruyante indignation jusqu'à ce que je réalise que je ressemble à Rémi Girard qui pète sa coche à l’hôpital dans Les Invasions Barbares… Il me donne une petite tape sur l’épaule pendant que je me rassois pour finir d’un trait ma dernière gorgée de café.
« It’s ok, we did it too… »

Ça me rappelle une chanson stupide d’une parodie de Sesame Street où les personnages «multiethniques» s’insultent mutuellement en chantant: « We’re all a litttttttle bit raciiiiist sometimeeeees! ». Une fille de mon cours sur l’immigration en Australie l’a présentée dans notre dernier tutorial… Le fait que ce soit une bande de Blancs s’exprimant avec plus ou moins de finesse qui soit derrière les marionnettes me met un peu mal à l’aise : je ne suis pas certaine que l’ironie se situe au niveau approprié. Qu’est-ce que c’est leur message exactement? Qu’on est tous racistes et qu’on devrait l’admettre et donc s’y faire? Ou que cette rhétorique démontre la complaisance de ceux qui croient que c’est suffisant d’admettre la discrimination au lieu d’y réagir activement? Pour être honnête, je doute qu’ils se soient rendus jusque là… Et de voir un Blanc déguisé en une caricature d’un Chinois chanter que les chauffeurs de taxi antillais puent, et un autre déguisé en caricature de Sikh indien lui répondre qu’au moins leur accent à eux est comprenable, je suis pas sure de trouver ça drôle.
En tout cas, tout ça pour dire que ça m’a fait réfléchir quand Josh, d’un geste se voulant rassurant, m’a donné une petite tape dans le dos pour dire que l’histoire australienne n’est pas plus reluisante que la nôtre.
(« We’re all a littttttle bit raciiiiist sometimeeeeeees! »)

Puis j’ai lu un chapitre sur les Métis et les Half-Breeds, comme les descendants Anglo-amérindiens s’appellent eux-mêmes, ces « hybrides » qui dérangeaient tant les autorités autant françaises qu’anglaises.
Dans mon autre cours, celui avec le prof anglais un peu sauté, on a eu toute une section sur le concept d’hybridité et à quel point c’est quelque chose, cette transgression des normes qui ne peut être plus capitale que dans le mélange du sang avec celui de l’Autre, de profondément tabou dans presque toutes les cultures.
Pourtant, et peut-être de là le tabou, y a quelque chose dans cette liberté, dans ce fier mélange pourtant proscrit par des assimilitionistes qui croyaient pouvoir facilement réaliser l’inverse, d’incroyablement attirant…
Tout à coup, j’ai eu une espèce d’impulsion très «Français de passage chez les cousins Canadiens» de partir comme un coureur des bois à la recherche de nouveaux copains Amérindiens et castors, avec ma pipe, mes raquettes et un chapeau de fourrure. J’suis pas sure de quel film je tire mes clichés, mais en réalisant que j’ai pas la barbe de service, je reviens à la réalité… En trente secondes, je viens de sortir un trentaine de critiques genre : « ouais mais ce qu’ils voulaient, c’était pas des amis, c’est de la fourrure pas chère! Et c’est pas parce qu’ils avaient plus de contacts avec les Amérindiens qu’ils les respectaient… qui est-ce qui leur a passé toutes sortes de microbes ehn? Y en avait du stock dans ces barbes-là! » ou « ben justement! C’était tout des gars! Apportant avec eux le point de vue masculin d’un société européenne encore complètement sexiste… imaginez si au lieu de rester à faire des bébés, les filles du Roy auraient pu elles aussi aller jouer dans le bois et participer à l’échange culturel (et génétique). À ma connaissance, à part la sympathique Madeleine de Verchères tant habile au mousquet, y en a pas beaucoup qui ont eu la chance d’ajouter leur grain de sel au fameux mélange (et les «méchants» Iroquois s’en seraient probablement passé)…».
Et ce beau mix grâce à qui? Ehn? Ehn? …Aux castors bien sur (leur peau surtout)! …y peuvent bien être sur nos cinq cennes.
Ici, les Aborigènes ont pas eu la « chance » d’être aussi « utiles » au envahisseurs. Quoique aujourd’hui, l’industrie touristique australienne pourrait difficilement s’en passer…
...ah, l’ironie…
(« We’re all a litttttle… »)
hehehe

Bon. Sur une note plus légère et plus joyeuse…
Non! Attendez! Avant, je veux vous dire qu’Elise m’a fait écouter une super reprise de la toune « Smells like teen spirit » (d’un groupe pas exactement « léger ») par Patti Smith et son banjo. Gé-nial.

Ok, bon, dans le jojo…

Ben, samedi, c’était ma fête!
Yeah!
22! … Dans le calendrier chinois c’est pas porteur de chance ça les chiffres doubles?
…je dis n’importe quoi… Mais c’est pas tous les jours qu’on tourne 22 comme dirait mes anglos d’amis (sans blagues?). J’aime le concept de « tourner »… comme du lait, quand ça vieillit, ça tourne.
À me voir dimanchematin, c’est vrai que j’avais l’air un peu caillé.

Après une semaine à me droguer au thé à l’échinacée et aux médicaments contre la grippe, j’étais mure pour sortir de mon lit histoire de célébrer l’annuel événement à la mémoire de cet instant historique où je fus offerte à l’humanité.
(Merci, merci.
…des blagues… en fait c’est peut-être plus une minute de silence à la souffrance de ma mère que je devrais respecter…merci Christine.
Mais quand même, merci à tout le monde de vos souhaits chaleureux et vos bons mots. À chaque année, ma fête me donne l’occasion d’apprécier la chance que j’ai eu de croiser vos chemins. Je vouuuus aiiiiime!)
Avec Annur et son copain Drew, la mafia allemande et l’équipe 6 Warburton St, on est allé manger de la bonne bouffe en immense quantité dans le plus kitch des restos vietnamiens du quartier Richmond, avant d’aller prendre un verre sur la très cool Brunswick St.
C’était une belle soirée, pleine de rires, de vin et de reggae.
Je vous en poste d’ailleurs quelques photos, en sépia pour que ça passe à la postérité…

À part de TSA (haha François Pérusse!), je suis heureuse de vous annoncer que malgré la toux et les montagnes de kleenex, y a un peu plus de gaieté et de motivation dans ma vie ces temps-ci.
C’est peut-être le beau soleil ce matin, le café qui fait enfin effet ou toute la bonne musique que je viens de télécharger sur mon lecteur mp3 en prévision de ma marche vers l’université, mais je sens qu’aujourd’hui sera une belle journée.

Ça doit être l’âge…

Sur ce, (oh que j'adore cette expression...d'habitude, dans le speech du samedi matin aux employés, elle était suivie d'un "...on vous souhaite un bon quart de travail!") je vous souhaite une belle journée.

Bisous
xx(ii)


Annur et Elise au resto

La seule photo du 6 Warburton St crew au grand complet (a conserver pour les archives)
Josh, Sophie, Elise et moi, en train de hurler (WAAAAARBURRRTOOOONN)

Un denomme Max, troubadour sur Brunswick, Sophie et Elise qui est devenu un ami (ben ben proche, parlez-en a Sophie!)

Ze German Ladies: Elena et Sabine

Le band qui jouait ce soir-la au Bar Open

Elena et Jorn, en train de poser.

Josh, Elise et moi... Apres quelques verres, on a passe la soiree a se dire comment on s'aime... Est-ce qu'on est pas plein d'amour quand on est plein de vin?

2 commentaires:

Val. a dit…

Hey ben eille, bonne fête SuperSupe! C'est vraiment cool de te lire comme ça. Alors take care et fais attention aux kangourous (conseil d'un ami hein!)

Val. xxx

Ly a dit…

Ouais moi aussi en voyage il me pognait des délires de devenir coureur des bois en revenant (Bizarre enh). C'est pas pour te faire chier, mais moi au moins j'ai la barbe ;). J'penses pas que ces gars là étaient tous des profiteurs. J'ai lu des écrits d'un coureur des bois en littérature et le gars (Me semble qu'il s'appelait Lahontan...) avait vraiment une bonne critique des deux sociétés (européenne et amérindienne). Ça afit que j'te prierais de changer tes propos sur nos ancêtres ma p'tite fille ;).

Heureux d'apprendre que tu vas mieux! Ya rien de plus normal que des p'tits down de temps en temps. L'important c'est de continuer d'avancer pour rattraper la vague et remonter ;). C'est einstein qui disait qqchose comme: La vie c'est comme faire du bicycle. il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.

J'ai p-e une découverte musicale pour toi également. Ça s'appelle Tricot Machine. C,est sorti au Québec voilà 1 mois et je prédis que d'ici à l'été ça va être ben ben big. C'est sans contredit la musique la plus profondément québécoise que j'ai entendu depuis Paul Piché. Eux-mêmes se décrivent comme étant "quelque part entre les Beatles et Passe-Partout" :P. www.tricotmachine.ca

Bonne fête encore!

Sur ce, au nom de tous les québécois, québécoise (eh!) je te souhaite une belle journée!