vendredi 30 mars 2007

Etudiante a temps plein

(mercredi 29 mars)

15 :45.
Juste à temps pour mon rendez-vous!
Je m’assois, comme convenu, à la petite table de gauche de la terrasse du Animal Orchestra et j’attends en faisant semblant de réviser les notes de mon cours de ce matin.
Puis, enfin! Le voilà!
" Espresso, bella! "
La main de mon serveur préféré, celui qui a une moustache et qui gambade entre les tables, émerge de la fenêtre de la cuisine et me tend ma " date " : un espresso bien court et fumant.
Ahh…
Mon café du mercredi après-midi avant mon cours d’anthropologie est un autre petit moment de bonheur que j’ai inséré dans ma routine melbournienne.
Je regarde la nouvelle serveuse qui cherche des yeux le client qui a commandé un latte avec un brownies. J’ai envie de lui dire que c’est elle, là-bas, de l’autre coté de la terrasse, sous le parasol, celle qui est là tous les mercredi après-midi et qui, comme moi, commande toujours la même chose, oui, oui, elle, là, c’est ça.
…humm…quelque chose me dit que je suis rendue une habituée ici.
En la regardant, j’ai une pointe de jalousie. J’aurais bien aimé être cette nouvelle serveuse, moi.
Il y a deux semaines, Sang m’avait d’ailleurs poussée à parler au manager, mais les seuls horaires disponibles ne fittaient pas avec mes cours… Et puis, ces fameuses complications avec mon permis de travail (il aurait fallu que je me fasse faire un nouveau passeport car le mien est plein…à cause de ces *** agents d’immigration chiliens et australiens qui ont cru intelligent de chacun utiliser une de mes deux dernières pages vides.. en fait, c’est surtout à cause de mon manque de planification à moi, mais bon, toujours est-il que ce foutu passeport plein n’est plus bon à rien!) qui font que j’ai pour l’instant abandonné l’idée de travailler en Australie.
Ça remet en question mes grands plans de voyage antipodiens cet été (et peut-être un retour anticipé dont certains se réjouissent déjà…), mais, comme me le dit si bien ma maman (qui sait toujours me calmer les nerfs en période de " oh-mon-dieu-c’est-terrible-je-vais-mourir-de-faim-qu’est-ce-que-je-vais-faire "), ça va certainement me permettre de profiter à fond de mon expérience ici comme étudiante à temps plein (pour la première fois de ma vie depuis secondaire 4 en fait).

Une expérience qui n’est pas si pénible que ça, à en juger par la dernière gorgée de café que je viens d’avaler avant de m’attaquer à mes lectures pour mon cours d’anthropologie sur les liens entre la migrance (ou la mouvance peut-être; migrancy en anglais), un terme qui regroupe pas mal tous les types de mouvements humains : des réfugiés aux gitans, et l’identité ethnique et culturelle. Un cours passionnant, donné par deux profs passionnants : un géant bosniaque qui a lui-même vécu l’expérience de l’immigration illégale et du réfugié, et un Anglais brouillon au caractère bouillant.
Mais tiens, si c’est pas justement lui, à deux tables de moi, l'Anglais, mi-assis, mi-perché et apparemment lancé dans une grande discussion. Je ne peux pas retenir un sourire en le regardant agiter dangereusement ses lunettes à la Charlie au-dessus de son crâne chauve. Je repense à la dernière fois où, dans un cours, il s’est lancé dans une tirade et a envoyé valser sa tasse de café dans la première rangée de l’auditorium, passant proche d’ébouillanter ce sympathique fonctionnaire bangladeshi envoyé par son gouvernement pour compléter une maîtrise en développement.

Mes cours d’anthropologie ne sont pas les seuls où s’asseoir dans les premières rangées comporte certains risques… Comme l’a appris mon ami Jorn à ses dépends dans un autre de mes cours, " Australia Now " (un " crash-course " en histoire, géographie, politique et économie australienne), le théâtral Professeur Carthwright adore reproduire les scènes historiques, comme la campagne de Gallipoli durant la Deuxième Guerre Mondiale où de nombreux Australiens ont perdu la vie, en incorporant les premières rangées dans ses représentations (cette fois-là, quelques-uns ont bel et bien failli se faire harponner par le bâton/baïonnette d’un soldat Carthwright désireux d’en finir avec les Turcs).

Mais je suis qui pour parler? Moi qui doit me retenir d’harponner quelques-uns des étudiants de cette classe-là à chaque " tutorial " (l’équivalent des " conferences " de McGill, où on se rencontre en petits groupes avec un tuteur pour discuter nos lectures)! Le cours étant spécialement conçu pour les étudiants en échange, dont les Américains composent probablement 90%, mon tutorial est littéralement un combat Sarah versus The American Midwest sur les concepts à la base de l’identité australienne actuelle (multiculturalisme, fair-go -une version australienne de l’égalité-, etc.) qui ressemblent pas mal plus aux nôtres qu’aux leurs d’après ce que disent mes collègues de classe de l’Iowa et du Wisconsin qui ont peur de se faire empoisonner par leurs femmes de ménage mexicaines ou de se faire poignarder par un noir dans les rues de L.A. (sérieusement, c’est ce que Tim a sorti l’autre jour!!!).
S’ils pouvaient lire mes pensées, c’est pas sur leur frontière sud qu’ils construiraient un mur!
La semaine prochaine, si mon niveau de frustration ne me fait pas encore une fois perdre mon anglais, je vous promets de trouver de bons arguments!

J’ai l’air de chialer, mais je dois avouer que j’aime bien le challenge. En fait, c’est probablement ma plus intéressante session d’université à date. Des cours passionnants, des profs uniques et inspirants, des collègues de classe parfois enrageants, souvent brillants mais toujours stimulants, un magnifique campus en pleine ville et à deux pas de mon café préféré… je pense pas que j’ai jamais autant apprécié ma vie d’étudiante! Et étudiante à temps plein à part de ça!

Ce qui me rappelle… les étudiants c’est supposé étudier ça…

À plus!

4 commentaires:

Ly a dit…

Hahaha je viens de me tapper tes deux derniers blogs. C'est stimulant de croiser le fer avec des gens qui ont une mentalité complètement opposée de la notre. Ça nous remet aussi en question sur le fondement de nos idées ce qu'on fait trop peu souvent...

Mais j'me demande si les américains du Kansas et autres états du milieu sont si différents de nous... T'as manqué le dernier mois au Québec qui risque de provoquer bien des analyses dans les mois à venir. Un retour du conservatisme dans la belle province?
On s'imagine souvent que tous nos concitoyens ont plus ou moins la même ouverture d'esprit que nous, mais je commence à penser que le fossé il se trouve plus entre la ville et la campagne...Montréal plus près de Melbourne ou de St-Marie-de-Beauce?

Continue de tripper Sarah! C'est triste pour les Gender Studies. Ils vont bien finir par réaliser que c'est important. Quand ça rapporte pas...on coupe on coupe. La pensée protozaïque fait son chemin, combattons là!

Take care;)

Sarah a dit…

...ahh...moi, depuis que mon ex-comte a elu Andre Arthur, y a pu grand chose de la politique quebecoise qui me surprend...hahaha

Je suis bien d'accord avec toi pour ce qui est de ce fosse qui se creuse entre les grandes villes et le reste. Je sens qu'y a comme une espece de culture cosmopolite qui est en train d'emerger des metropoles du monde, une culture generalement ouverte, ou plus... fluide mettons. Et c'est clair que sur ce point-la, Montreal et Melbourne ont pas mal plus en commun que la metropole quebecoise peut avoir avec ma tres chere ville natale par exemple (c'etait frappant dans les commentaires que j'ai pu lire dans la presse en ligne sur les elections: Montreal versus le reste du Quebec... ca commence meme a ressembler a un discours souverainiste ca. Et si Montreal se separait? hehe)
Mais c'est poche parce que j'me sens souvent deconnectee de ce monde-la, le monde d'ou je viens. Tse, passe un certain point, je trouve ca tellement plus facile de rester dans ma zone de confort et d'interagir avec des gens qui pensent comme moi... Sauf que ca m'empeche de mieux comprendre ce que les autres vivent autour, ca m'empeche de comprendre comment ca se fait que l'ADQ s'est retrouve a quelques sieges pres de former la majorite du gouvernement quebecois...
Pis quand je comprends pas, j'ai de la misere a ne pas juger...

J'ai peut-etre besoin d'aller passer un peu de temps loin de ma petite bulle urbaine. Un ete dans le Bas-du-Fleuve, dans Lanaudiere ou en Beauce peut-etre?
Pour l'instant, c'est encore le challenge Quebec, mais on verra bien...il me reste encore deux mois.
Deux mois qui vont passer a toute allure j'en suis sure, mais quand meme... ca me donne encore le temps d'y penser! Et pis de pratiquer mes techniques de combat anti-pensee protozaique avec ces Americains!!!

En passant, merci pour les inputs songes... c'est toujours une belle surprise de te lire Lysandre :)

Anonyme a dit…

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Anonyme a dit…

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