Ça c’est du Sarah Bélanger-Martel tout craché…
« Eye la gang! Vous allez voir, mon blog va être malade, je m’y mets tout de suite pis je vous envoie l’adresse tantôt! »
…trois semaines plus tard…
« Sarah! J’ai hâte de voir ton blog, as-tu oublié de m’envoyer l’adresse? »
Oups!
Ouains, s’cusez, je vais commencer un peu en retard… fidèle à mon habitude!
Comme on est dans le thème du retard, le thème Bélanger-Martel, bien que je sois désormais saine et sauve dans le futur (on a deux heures d’avance sur la Québec à Santiago), je vous poste une rétrospective en trois parties des péripéties qui précédèrent mon arrivée au Chili que j’intitulerai :
La Grande Course contre la Montre
(recopiée de mon petit calepin)
Lundi 15 janvier, 15 :00. Aéroport Pierre-Elliot Trudeau, Montréal PQ.
L’homme avance à grand peine, emmitouflé dans son manteau dont le capuchon lui enserre le visage. Il se bat contre les rafales glaciales et la poudreuse qui lui explose au visage. Il secoue ses pieds engourdis par le froid et plie les yeux en grimaçant. Tout à coup, une gigantesque masse sombre apparaît derrière lui, se détachant de l’épais rideau blanc de la tempête. Il se retourne et sort rapidement son bâton lumineux qu’il agite en direction de l’énorme de bête de métal qui continue d’avancer vers lui sans broncher.
Oh! Oh! Luke, tu vas avoir besoin de renfort! Mais où est donc ce satané Han Solo quand on a besoin de lui!!! ( « avec la princesse…» murmure une langue sale)
Mais alors que tout semble perdu, le géant s’immobilise et son rugissement s’estompe progressivement pour être remplacé par celui du vent…
Enfin! Mon avion d’Air Canada vient se stationner devant la porte et pour la première fois dans la demi-heure où je l’observe, notre Jedi de Dorval esquisse un sourire, aussi content de pouvoir retourner au chaud que s’il venait de défaire les forces de l’Empire. L’aéroport P.E.T. n’est pas la planète blanche de L'Empire contre-attaque, mais, cet après-midi, il ne lui en manque pas beaucoup pour servir de décor à un documentaire sur le Pôle Nord… Moi qui était tellement contente d’avoir passé les trois derniers jours au Parc du Mont-Mégantic dans l’espoir de voir quelques flocons de vraie neige tomber avant de passer de l’autre côté de l’Équateur, je commence à me demander si je n’y suis pas allée un peu fort dans mes prières à Dame Nature…
Je ne sais pas si vous, cette belle tempête vous fait déjà pester, mais moi, ça commence… en fait, j’espère encore que ça fera plus de peur que de mal. Pour l’instant, mon vol de Montréal vers Toronto, le seul à partir aujourd’hui les autres ayant tous été annulés, n’est retardé que d’une heure, ce qui me laisse le temps d’attraper mon vol suivant de l’aéroport Pearson vers New York JFK qui part à 18h30…inch allah!
Lundi 15 janvier, 19 :55. Aéroport Lester B. Pearson, Toronto.
J’essaie de reprendre mon souffle pour pouvoir prendre une bouchée de ce peu ragoûtant sandwich acheté à grands frais au comptoir à côté de la porte. Rien à faire, mon estomac qui a passé la journée à se contracter de stress ne veut rien savoir de pain mouillé de Miracle Whip et de jus de tomates amères, mais peut-on vraiment le blâmer?
Ouf…quelle journée! Ça fait exactement 12 heures que je suis en retard à commencer par ce bus de 8h Québec-Montréal que j’ai attrapé à 8h et 3 grace à cette vieille dame qui n’arrivait pas à mettre ses baggages dans la soute, puis la navette Berri-Dorval qui a pris 1h30 au lieu de quarante minutes à cause du nombre incalculable de voitures bloquées dans les rues enneigées de Montréal.
Mais, « y a un bon dieu pour les innocents! » comme m’a lancé mon père en me poussant dans l’autobus ce matin… il avait raison, ou du moins, j’espère qu’il continuera à avoir raison…
Car si je suis à temps pour l’embarquement qui commencera dans une quinzaine de minutes de mon vol d’American Airlines vers New York, j’ai la patate qui recommence à pomper dès que j’essaie de compter combien de minutes il me restera pour changer de terminal et attraper mon autre vol vers Líma une fois à JFK (il est à 22h25 et le vol prend 1h45, je vous invite à faire le calcul avec moi). Je vous jure, rien de plus stressant que ce sablier que j’ai en tête depuis ce matin, avec chaque grain qui s’accumule dans le bas représentant un grain de plus en moins pour réussir à ne pas manquer mon vol.
Dès que j’arrive à le retourner ce sablier, c’est la course qui recommence…
La fatigue me prend tout d’un coup. J’ai les yeux dans le vague. Ils s’arrêtent sur le comptoir de cosmétiques de la boutique hors-taxes en face de moi. Tiens! Une crème anti-ride… j’en ai trois au milieu du front qui ne veulent plus partir!
« Your attention please, this is a pre-boarding message. Passengers travelling to New York, John F. Kennedy… »
Il est 20h15.
Pas le temps de vous conter comment j’ai réussi à attraper ce vol-ci alors que je suis débarquée à 18h20 de l’avion de Montréal…disons que c’est une combinaison de Dame Nature qui a retardé le vol, de mon cardio retrouvé (Vive la vie sans cigarettes!) et surtout d’une vieille agente sino-canadienne au comptoir d’American Airlines aimant mon auto-dérision.
Faut que j’y aille, chuis en retard!
Mardi 16 janvier. Aucune idée quelle heure il est, mais il fait clair. Quelque part dans les airs entre Líma, Peru et Santiago, Chili.
Un jour, j’en ferai un film et ça fera un malheur au box-office. Je prendrai une actrice ben glamour pour jouer mon rôle. J’ai pensé à Angelina Jolie…elle connaît ça elle, les cascades de films d’action, les passes de kong-fu et les sauts périlleux. Pis pendant qu’elle tourne, ben moi, je jaserai avec Brad… Quelqu’un a envie de financer mon projet?
Sérieusement, la gang, je ne pense pas avoir vécu de transit aussi palpitant…palpitant dans le sens de palpitations cardiaques. Déjà sur la piste d’atterrissage, j’avais le cœur en mode triathlon, les muscles bandés, prête à bondir hors de l’avion avec mes effets personnels (qui, pour une fois, se limitaient à deux sacs de poids raisonnables) dès que le pilote aurait le malheur d’éteindre la consigne du port de ceintures. La tension était tellement palpable que mon voisin, un certain Monsieur Lavoie, se savant en danger imminent de se faire écraser par la Machine Bélanger-Martel, s’était complètement recroquevillé au fond de son siège. Le pauvre a dû trouver le temps long entre Dorval et JFK, chaque seconde martelée par le craquement d’une jointure, mais moi, déjà dans un état second, je n’ai pas eu la politesse de le remercier de sa patience avant de m’élancer dans l’allée en enjambant les obstacles telle une championne de 100m haies.
Aux dernières nouvelles, il était 22 :05 et nous étions au Terminal 9.
Aux dernières nouvelles également, mon vol de 22 :25 n’était pas retardé et quittait de la porte A3 du Terminal 4.
Passant de la marche rapide (avec le style en plus) au sprint sur tapis roulant, du montage de marches quatre à la fois au saut de biche (pour les trois dernières marches des escaliers roulants), je traversais l’interminable terminal quand, du coin de l’œil, j’aperçois un Indien bedonnant qui me talonne avec sa mallette, sa chemise bleue et son pantalon brun. J’essaie de le semer en passant en trombe à travers les carrousels de bagages mais le voilà qui me dépasse et qui s’élance en courant dans les marches qui mènent au train relient les terminaux. Je m’élance à mon tour avec ma technique 4x4 bien développée dans les métros de Montréal quand mon cours est commencé ou que la job commence dans 2 minutes, et je le rattrape rapidement. On se regarde de moins en moins subtilement alors qu’il nous reste une bonne quinzaine de marches avant le sommet, les dents serrées, les yeux pleins de la détermination du champion. Les gouttes perlent à son front, mes poumons endommagés me supplient d’arrêter ou c’est eux qui arrêteront. Nous poserons le pied ensemble sur la dernière marche et nous engouffrerons d’un même mouvement dans le wagon qui referme aussitôt ses portes sur nous. Le battement de mon cœur me rempli les oreilles et la sueur me dégouline le long de la colonne. Je lève les yeux et aperçoit avec horreur mon reflet dans la vitre : Angelina Jolie va avoir besoin de pas mal d’effets spéciaux pour ressembler à ça. Debout à coté de moi, mon rival semble avoir fait la même découverte troublante et il tente de rajuster sa chemise détrempée en toussant. Puis, je suis son regard se lever vers l’horloge : 22 :18.
Je pensais qu’une overdose d’adrénaline pouvait tuer… Mais je suis la preuve vivante que non.
Les portes s’ouvrent sur le Terminal 4 et j’oublie Vikram et la médaille d’or pour foncer vers le premier employé que je vois pour lui demander de m’indiquer la porte A3.
Avec la légendaire amabilité des employés de JFK, il me répond placidement : « LAN Chile? Well, they’re long gone Miss! You missed your flight!!! »…l’eau me monte aux yeux… « But, but…I already have my boarding pass, I just need to get to my gate! » Et peut-être est-il touché par ma détresse ou alors peu enclin à consoler une personne mal odorante prête à fondre en larmes car il me dit « …well…you can always try…just cross the security check and see if the gate is still open ».
C’est tout ce qu’il me fallait, je fonce.
Mais mon élan est bien vite arrêté.
« Passport and boarding pass ! »
Je regarde l’énorme garde qui me dévisage sans sourire. À ma droite, Vikram a droit à une fouille complète de sa mallette.
Je lui présente mon passeport canadien en espérant que la feuille d’érable m’accélérera le passage.
Mais si nous sommes tous égaux devant dieu et nous sommes aussi tous égaux devant des gardes de sécurité américains qui, par deux fois, passeront au peigne fin tous mes effets personnels (merci au gars qui avait essayé de passer des bombes dans ses souliers, c’est ben apprécié! Merci aussi à celui qui a élevé les soupçons sur les ordinateurs portables, les tubes de pâte à dent, les stylos et les vieux sandwichs aux tomates) pendant qu’au loin, je pouvais voir les hôtesses de LAN retirer la pancarte du vol, ramasser les piles de cartes d’embarquement, faire une dernière blague aux agents d’Iberia à la porte A4 avant de se retourner pour fermer la porte derrière eux.
« Nooooooooooooooooooo »
- Et là, ça serait une belle séquence au ralenti où Angelina bondirait vers l’avant, les souliers à demi mis, le sac pendu à une épaule et la corde d’alimentation du portable autour du cou… Le décor défilerait derrière elle à toute vitesse comme dans un dessin animé japonais pendant que les gouttes de sueur s’envoleraient de tous côtés et que son cri résonnerait comme un verre éclatant sur le plancher.-
Ahaha. J’ai du leur faire la peur de leur vie!
Oh, ils m’ont laissé embarquer sans rien dire… personne aurait voulu se battre avec moi à ce moment là.
J’ai à peine eu le temps de leur remettre ma carte d’embarquement de m’asseoir dans le seul siège libre de l’énorme boeing que nous décollions en direction de Santiago del Chile, avec escale à Lima… à l’heure!
...J’avais enfin rattrapé la montre...
« Eye la gang! Vous allez voir, mon blog va être malade, je m’y mets tout de suite pis je vous envoie l’adresse tantôt! »
…trois semaines plus tard…
« Sarah! J’ai hâte de voir ton blog, as-tu oublié de m’envoyer l’adresse? »
Oups!
Ouains, s’cusez, je vais commencer un peu en retard… fidèle à mon habitude!
Comme on est dans le thème du retard, le thème Bélanger-Martel, bien que je sois désormais saine et sauve dans le futur (on a deux heures d’avance sur la Québec à Santiago), je vous poste une rétrospective en trois parties des péripéties qui précédèrent mon arrivée au Chili que j’intitulerai :
La Grande Course contre la Montre
(recopiée de mon petit calepin)
Lundi 15 janvier, 15 :00. Aéroport Pierre-Elliot Trudeau, Montréal PQ.
L’homme avance à grand peine, emmitouflé dans son manteau dont le capuchon lui enserre le visage. Il se bat contre les rafales glaciales et la poudreuse qui lui explose au visage. Il secoue ses pieds engourdis par le froid et plie les yeux en grimaçant. Tout à coup, une gigantesque masse sombre apparaît derrière lui, se détachant de l’épais rideau blanc de la tempête. Il se retourne et sort rapidement son bâton lumineux qu’il agite en direction de l’énorme de bête de métal qui continue d’avancer vers lui sans broncher.
Oh! Oh! Luke, tu vas avoir besoin de renfort! Mais où est donc ce satané Han Solo quand on a besoin de lui!!! ( « avec la princesse…» murmure une langue sale)
Mais alors que tout semble perdu, le géant s’immobilise et son rugissement s’estompe progressivement pour être remplacé par celui du vent…
Enfin! Mon avion d’Air Canada vient se stationner devant la porte et pour la première fois dans la demi-heure où je l’observe, notre Jedi de Dorval esquisse un sourire, aussi content de pouvoir retourner au chaud que s’il venait de défaire les forces de l’Empire. L’aéroport P.E.T. n’est pas la planète blanche de L'Empire contre-attaque, mais, cet après-midi, il ne lui en manque pas beaucoup pour servir de décor à un documentaire sur le Pôle Nord… Moi qui était tellement contente d’avoir passé les trois derniers jours au Parc du Mont-Mégantic dans l’espoir de voir quelques flocons de vraie neige tomber avant de passer de l’autre côté de l’Équateur, je commence à me demander si je n’y suis pas allée un peu fort dans mes prières à Dame Nature…
Je ne sais pas si vous, cette belle tempête vous fait déjà pester, mais moi, ça commence… en fait, j’espère encore que ça fera plus de peur que de mal. Pour l’instant, mon vol de Montréal vers Toronto, le seul à partir aujourd’hui les autres ayant tous été annulés, n’est retardé que d’une heure, ce qui me laisse le temps d’attraper mon vol suivant de l’aéroport Pearson vers New York JFK qui part à 18h30…inch allah!
Lundi 15 janvier, 19 :55. Aéroport Lester B. Pearson, Toronto.
J’essaie de reprendre mon souffle pour pouvoir prendre une bouchée de ce peu ragoûtant sandwich acheté à grands frais au comptoir à côté de la porte. Rien à faire, mon estomac qui a passé la journée à se contracter de stress ne veut rien savoir de pain mouillé de Miracle Whip et de jus de tomates amères, mais peut-on vraiment le blâmer?
Ouf…quelle journée! Ça fait exactement 12 heures que je suis en retard à commencer par ce bus de 8h Québec-Montréal que j’ai attrapé à 8h et 3 grace à cette vieille dame qui n’arrivait pas à mettre ses baggages dans la soute, puis la navette Berri-Dorval qui a pris 1h30 au lieu de quarante minutes à cause du nombre incalculable de voitures bloquées dans les rues enneigées de Montréal.
Mais, « y a un bon dieu pour les innocents! » comme m’a lancé mon père en me poussant dans l’autobus ce matin… il avait raison, ou du moins, j’espère qu’il continuera à avoir raison…
Car si je suis à temps pour l’embarquement qui commencera dans une quinzaine de minutes de mon vol d’American Airlines vers New York, j’ai la patate qui recommence à pomper dès que j’essaie de compter combien de minutes il me restera pour changer de terminal et attraper mon autre vol vers Líma une fois à JFK (il est à 22h25 et le vol prend 1h45, je vous invite à faire le calcul avec moi). Je vous jure, rien de plus stressant que ce sablier que j’ai en tête depuis ce matin, avec chaque grain qui s’accumule dans le bas représentant un grain de plus en moins pour réussir à ne pas manquer mon vol.
Dès que j’arrive à le retourner ce sablier, c’est la course qui recommence…
La fatigue me prend tout d’un coup. J’ai les yeux dans le vague. Ils s’arrêtent sur le comptoir de cosmétiques de la boutique hors-taxes en face de moi. Tiens! Une crème anti-ride… j’en ai trois au milieu du front qui ne veulent plus partir!
« Your attention please, this is a pre-boarding message. Passengers travelling to New York, John F. Kennedy… »
Il est 20h15.
Pas le temps de vous conter comment j’ai réussi à attraper ce vol-ci alors que je suis débarquée à 18h20 de l’avion de Montréal…disons que c’est une combinaison de Dame Nature qui a retardé le vol, de mon cardio retrouvé (Vive la vie sans cigarettes!) et surtout d’une vieille agente sino-canadienne au comptoir d’American Airlines aimant mon auto-dérision.
Faut que j’y aille, chuis en retard!
Mardi 16 janvier. Aucune idée quelle heure il est, mais il fait clair. Quelque part dans les airs entre Líma, Peru et Santiago, Chili.
Un jour, j’en ferai un film et ça fera un malheur au box-office. Je prendrai une actrice ben glamour pour jouer mon rôle. J’ai pensé à Angelina Jolie…elle connaît ça elle, les cascades de films d’action, les passes de kong-fu et les sauts périlleux. Pis pendant qu’elle tourne, ben moi, je jaserai avec Brad… Quelqu’un a envie de financer mon projet?
Sérieusement, la gang, je ne pense pas avoir vécu de transit aussi palpitant…palpitant dans le sens de palpitations cardiaques. Déjà sur la piste d’atterrissage, j’avais le cœur en mode triathlon, les muscles bandés, prête à bondir hors de l’avion avec mes effets personnels (qui, pour une fois, se limitaient à deux sacs de poids raisonnables) dès que le pilote aurait le malheur d’éteindre la consigne du port de ceintures. La tension était tellement palpable que mon voisin, un certain Monsieur Lavoie, se savant en danger imminent de se faire écraser par la Machine Bélanger-Martel, s’était complètement recroquevillé au fond de son siège. Le pauvre a dû trouver le temps long entre Dorval et JFK, chaque seconde martelée par le craquement d’une jointure, mais moi, déjà dans un état second, je n’ai pas eu la politesse de le remercier de sa patience avant de m’élancer dans l’allée en enjambant les obstacles telle une championne de 100m haies.
Aux dernières nouvelles, il était 22 :05 et nous étions au Terminal 9.
Aux dernières nouvelles également, mon vol de 22 :25 n’était pas retardé et quittait de la porte A3 du Terminal 4.
Passant de la marche rapide (avec le style en plus) au sprint sur tapis roulant, du montage de marches quatre à la fois au saut de biche (pour les trois dernières marches des escaliers roulants), je traversais l’interminable terminal quand, du coin de l’œil, j’aperçois un Indien bedonnant qui me talonne avec sa mallette, sa chemise bleue et son pantalon brun. J’essaie de le semer en passant en trombe à travers les carrousels de bagages mais le voilà qui me dépasse et qui s’élance en courant dans les marches qui mènent au train relient les terminaux. Je m’élance à mon tour avec ma technique 4x4 bien développée dans les métros de Montréal quand mon cours est commencé ou que la job commence dans 2 minutes, et je le rattrape rapidement. On se regarde de moins en moins subtilement alors qu’il nous reste une bonne quinzaine de marches avant le sommet, les dents serrées, les yeux pleins de la détermination du champion. Les gouttes perlent à son front, mes poumons endommagés me supplient d’arrêter ou c’est eux qui arrêteront. Nous poserons le pied ensemble sur la dernière marche et nous engouffrerons d’un même mouvement dans le wagon qui referme aussitôt ses portes sur nous. Le battement de mon cœur me rempli les oreilles et la sueur me dégouline le long de la colonne. Je lève les yeux et aperçoit avec horreur mon reflet dans la vitre : Angelina Jolie va avoir besoin de pas mal d’effets spéciaux pour ressembler à ça. Debout à coté de moi, mon rival semble avoir fait la même découverte troublante et il tente de rajuster sa chemise détrempée en toussant. Puis, je suis son regard se lever vers l’horloge : 22 :18.
Je pensais qu’une overdose d’adrénaline pouvait tuer… Mais je suis la preuve vivante que non.
Les portes s’ouvrent sur le Terminal 4 et j’oublie Vikram et la médaille d’or pour foncer vers le premier employé que je vois pour lui demander de m’indiquer la porte A3.
Avec la légendaire amabilité des employés de JFK, il me répond placidement : « LAN Chile? Well, they’re long gone Miss! You missed your flight!!! »…l’eau me monte aux yeux… « But, but…I already have my boarding pass, I just need to get to my gate! » Et peut-être est-il touché par ma détresse ou alors peu enclin à consoler une personne mal odorante prête à fondre en larmes car il me dit « …well…you can always try…just cross the security check and see if the gate is still open ».
C’est tout ce qu’il me fallait, je fonce.
Mais mon élan est bien vite arrêté.
« Passport and boarding pass ! »
Je regarde l’énorme garde qui me dévisage sans sourire. À ma droite, Vikram a droit à une fouille complète de sa mallette.
Je lui présente mon passeport canadien en espérant que la feuille d’érable m’accélérera le passage.
Mais si nous sommes tous égaux devant dieu et nous sommes aussi tous égaux devant des gardes de sécurité américains qui, par deux fois, passeront au peigne fin tous mes effets personnels (merci au gars qui avait essayé de passer des bombes dans ses souliers, c’est ben apprécié! Merci aussi à celui qui a élevé les soupçons sur les ordinateurs portables, les tubes de pâte à dent, les stylos et les vieux sandwichs aux tomates) pendant qu’au loin, je pouvais voir les hôtesses de LAN retirer la pancarte du vol, ramasser les piles de cartes d’embarquement, faire une dernière blague aux agents d’Iberia à la porte A4 avant de se retourner pour fermer la porte derrière eux.
« Nooooooooooooooooooo »
- Et là, ça serait une belle séquence au ralenti où Angelina bondirait vers l’avant, les souliers à demi mis, le sac pendu à une épaule et la corde d’alimentation du portable autour du cou… Le décor défilerait derrière elle à toute vitesse comme dans un dessin animé japonais pendant que les gouttes de sueur s’envoleraient de tous côtés et que son cri résonnerait comme un verre éclatant sur le plancher.-
Ahaha. J’ai du leur faire la peur de leur vie!
Oh, ils m’ont laissé embarquer sans rien dire… personne aurait voulu se battre avec moi à ce moment là.
J’ai à peine eu le temps de leur remettre ma carte d’embarquement de m’asseoir dans le seul siège libre de l’énorme boeing que nous décollions en direction de Santiago del Chile, avec escale à Lima… à l’heure!
...J’avais enfin rattrapé la montre...
Pas mes bagages par exemple, mais ca, c'est une autre histoire.

3 commentaires:
J'vais payer pour aller voir ton film c'est sur!!! Mais dis moi c'est un film d'action ou une comédie... Prend le temps d'en profiter quand même :)
Hahahahaha Je suis deja accroc a ton blog ;). J'aurais aime voir la face de l'indien bedonnant qui essayait de te depasser. C'etait la course du metro de Montreal contre la course pour se pogner un taxi a Mumbai. Bravo! tu nous a fait honneur dans tout ça. J'espere que tu prends ca cool au Chili, parce que tu vas revenir prise du coeur.
Moi je suis revenu jeudi a Montreal! J'arrive de faire du snow a moins 25. Dire que v'la 4 jours j'etais dans le centre-ville de Delhi. Shit de merde!
Bon voyage Sarah! Prends ca cool ;)
Ouains Fred, c'est vrai, je suis pas encore fixee sur le format exact du film... j'hesite encore a en faire une comedie musicale ou alors une version jeu video... on verra. T'en fais pas, malgre tout, les peripeties de voyage, y a rien qui me fait plus tripper (meme si elles me font souvent suer...literalement).
Hahha Lysandre, mon indien bedonnant, il avait beau avoir une belle moustache (ca, je te gage que t'aurais pu le deviner) mais ca l'a pas fait gagner! Pour ce qui est de mon pauvre coeur, je m'occupe bien de lui ici avec une cure de vin rouge et de bonnes mures antioxydantes... Il s'en sortira je pense.
Toi, ca doit te faire un moyen choc de debarquer de l'Inde au Quebec. Comment ca se passe?
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