dimanche 28 janvier 2007

La Pequena Gigante

« Uno, do, tre »
(Les Chiliens ne prononcent pas leurs "s")
Le caméraman fait signe aux enfants qui, rassemblés en paquet au milieu de la rue, crient en cœur :
« ¡Holá Pequeña Gigante! »
« Ma fuerte, niños, ma fuerte…uno, do, tre… »
Et les enfants s’époumonent :
« ¡HOLA PEQUEÑA GIGAAAANTEEE! »
Celle qu’ils saluent pour l’œil de la caméra tarde à arriver…
C’est qu’elle sait se faire désirer cette petite!
En effet, ça fait déjà une heure qu’on attend, heureusement du côté ombragé de la rue, avec quelques milliers de Santiaguinos, qu’elle passe. Les vendeurs de popsicles font des affaires en or tout comme les vendeurs d’ombrelles chinoises et, je l’imagine, les pickpockets.
Tout à coup, à travers la chaleur, une clameur s’élève du bout de l’avenue, et c’est une onde de frénésie qui se propage jusqu'à nous…
« ¡La vi! ¡La vi! » hurle mon jeune voisin de bout de trottoir qui, debout sur les épaules de son père, me donne des coups de pied derrière la tête depuis une demi-heure (din fois, je me dis que je suis trop bien élevée!). La foule se presse autour de nous pour mieux voir la Pequeña Gigante, cette marionnette de près de six mètres de haut, mue par pas moins de dix-sept marionnettistes français défiler.
Elle arrive rapidement jusqu’à nous pendant que je me bats avec mes piles (ahhh ces montagnes qui ont tout bouffé!), puis s’assoie alors que ses « maîtres » lui enfilent son casque d’aviateur et ses lunettes (!).
« Déboulonnez les poignets! Arrimez les mains! Avancez le pied gauche! »
Les Français, habillés en corsaire du 18e, la manœuvrent comme un navire pendant qu’elle regarde la foule qui s’exclame autour d’elle. Il y a de quoi être impressionné par ses battements de paupières et ses expressions trop humaines (elle donne un malaise semblable à celui qu’on a en regardant un singe trop longtemps)! Mais le malaise fait bientôt place au fabuleux quand nous la regardons tous, ahuris, enfourcher sa trottinette et continuer son chemin vers la grande Plaza de Armas bondée depuis des heures déjà dans l’attente de son arrivée.
Elle est à Santiago pour trois jours, le temps de retrouver un rhinocéros de 5 mètres de long qui a déjà fait de considérables dommages, renversant entre autres quelques autobus devant la Moneda, le palais présidentiel, et laissant un tas de bouse digne de sa taille (qui était en fait une initiative d’un groupe d’artistes de la ville ayant décidé de rajouter un peu de piquant dans la légende).
Elle est peut-être una niña, mais son passage crée un effet bel et bien gigante!








Note de la rédac : Le Mercurio du lendemain dit que nous fûmes près de 110 000 à la regarder passer (et nous etions encore plus nombreux les deux journees suivantes). Les createurs de celle qu'on appelle aussi La Muneca (la poupee), la compagnie Royal de Luxe, n'ont jamais vu un tel succes.

samedi 27 janvier 2007

Les vacances c'est...

Les vacances c’est… Les vacances c’est être assise le matin vers 11 heures au milieu d’un beau jardin ensoleillé de fleurs d’hydragers, de bougainvilliers et de lauriers, un latte posé à côté de mon portable qui joue du Victor Jara (un Vigneault chilien au destin tragique…), avec rien d’autre à faire que de feuilleter le Mercurio, le grand quotidien chilien, regarder Sierra, la chatte, courir après les oiseaux du rosier au prunier, et raconter à mes copains ce que j’ai fait de bon depuis une semaine…
Je resterais comme ça, immobile à respirer le bonheur, pour toujours.
Ça c’est les vacances, ça c’est la vraie vie…

Jamais deux sans trois...

Tsé, quand t’as l’impression d’avoir oublié quelque chose?
C’est l’histoire de ma vie.

Tsé, le moment où tu te rappelles finalement de ce que t’as oublié (une fois que t’es évidemment rendue bien loin de la maison)?
Bon ben pour moi, ce moment là est venu mercredi soir, sur la véranda, alors que j’avalais une autre délicieuse bouchée du souper :
Ma tante : " Pourquoi vous iriez pas faire un tour dans le Cajón demain? "
Mon oncle : " C’est une excellente idée ça! Qu’est-ce que t’en penses Sarah? On pourrait aller faire une randonnée dans les montagnes… "
Je m’étouffe presque : …ouuuuh! Les Andeeees! Ouuuuuh!!! Les ANDES!!!
Moi qui, depuis mon arrivée, épuise mes batteries de caméra (au lieu de passer des films…plus ca change plus c’est pareil!) à essayer de prendre ce qu’on aperçoit de la Cordillera de Santiago, ça ne sera pas dur de me convaincre…
" J’imagine que t’as apporté de bons souliers pour marcher?"
Et vlan! Une main venue de nulle part s’écrase sur mon front à toute allure. C’est la mienne qui, dans un geste violent emprunté à une Albanaise de ma connaissance, vient m’apprendre qu’après le chargeur à batteries et les lunettes, voici l’inéluctable troisième oubli du " jamais deux sans trois "! Est-ce que la sagesse populaire dit aussi que trois est un maximum???
Donc, me voilà devant un choix difficile : p’tits souliers de fille, vieilles flipflops en caoutchouc ou mes Keds de ville, motif Raton-Laveurs écrasés, affectueusement surnommés " Les Pantoufles ". Les souliers de fille qu’on enlève en soupirant après quelques heures de torture dans un bar, ayant vite, je ne sais trop pourquoi, déclaré forfait, vous l’aurez peut-être deviné, entre babouches et pantoufles, ce sont ces dernières qui ont gagné la chance de s’aventurer dans les mythiques montagnes des Cités d’Or (oh! vous auriez du me voir m’extasier devant un quipu inca du musée de Santa Cruz : " Enh! Regarde! Regarde! C’est comme le collier que les conquistadores voulaient avoir au complet mais qu’Esteban et Zia voulaient pas leur… " et mon oncle qui me regarde sans comprendre… ahh… en tout cas, j’aurai appris qu’un quipu, c’était un espèce d’inventaire utilisé par les collecteurs d’impôts de l’empire pour répertorier les richesses de chaque famille. Un peu moins romantique que je l’avais pensé, mais bon).
Et à ceux qui ne croient pas (Paul et Christine, on met le chapeau s’il fait svp) que mes célèbres pantoufles aient pu se rendre à presque 3000 mètres d’altitude, je dédie la photo suivante :

Enh? Pas laid comme endroit, non?
On y voit, à travers les nuages, le timide mais néanmoins costaud sommet du Cerro Morado (5000m et des poussières) et le glacier San Francisco qui fond à vue d’œil (y a-tu quelqu’un qui veut m’ostiner que le réchauffement de la planète c’est pas des blagues?). On aurait bien voulu le toucher… mais on courait pas assez vite! Aha (s’cusez, ça prend au moins une blague poche ou deux par paragraphe pour authentifier mes écrits). En fait, on aurait sûrement eu le temps de faire les deux derniers kilomètres qui nous séparaient du début de ces neiges (qu’on croyait) éternelles si on était arrivés un peu plus tôt. Mais pour avoir le temps de bien dîner et de redescendre avant 18h30, heure de retour maximum prescrite par les gardes du parc, nous avons décidé de sortir les sandwichs à la laguna Morales et de regarder les nuages s’emberlificoter autour des sommets andins.
Ai-je besoin de vous dire à quel point j’ai adoré cette excursion dans le Monumento Natural El Morado?
Tiens, à la place, je vous montre quelques-unes des 83 (oui oui! Je vous jure, je pouvais plus m’arrêter… Kid Kodak qu’on m’appelle) photos que j’ai prises avec mon petit appareil. En espérant que ça vous donne une idée de la beauté des lieux…


Tsé quand t’arrive pas à croire ce que tu vois au bout de tes pieds?


J’ai eu la chance de voir de belles montagnes dans ma vie, mais celles-là rentrent avec aise dans mon top 5. À à peine deux heures (incluant le trafic urbain) de la métropole, cette aire protégée est facilement accessible et vaut vraiment le détour. Tout comme le reste du Cajón del Maipo, cette grande vallée au pied de la cordillère qui suit le fleuve Maipo et ses affluents, qui est l’espèce de Laurentides des Santiaguinos. S’ils y vont d’ailleurs comme nous respirer un peu d’air frais dès qu’ils le peuvent, je ne sais pas s’ils mangent eux aussi de bonne la crème glacée artisanale sur la Plaza de Armas d’un petit village au pied des montagnes en redescendant…
Faudrait que je leur demande.

Oh! Pis pour votre information, c’est rien que des menteries ça, " jamais deux sans trois ". Ça devrait être " jamais trois sans quatre "…
" Sarah, t’as bien pensé de te mettre de la crème solaire? "
(Et vlan!)

Prenez soin de vous autres et de votre précieuse peau.
Sarah le homard

lundi 22 janvier 2007

Just so you know...

Ah! Si vous etiez pas au courant...du 16 au 9, je suis en visite chez mon oncle et ma tante au Chili...

Le Grand Depart

Ça c’est du Sarah Bélanger-Martel tout craché…
« Eye la gang! Vous allez voir, mon blog va être malade, je m’y mets tout de suite pis je vous envoie l’adresse tantôt! »
…trois semaines plus tard…
« Sarah! J’ai hâte de voir ton blog, as-tu oublié de m’envoyer l’adresse? »
Oups!
Ouains, s’cusez, je vais commencer un peu en retard… fidèle à mon habitude!
Comme on est dans le thème du retard, le thème Bélanger-Martel, bien que je sois désormais saine et sauve dans le futur (on a deux heures d’avance sur la Québec à Santiago), je vous poste une rétrospective en trois parties des péripéties qui précédèrent mon arrivée au Chili que j’intitulerai :

La Grande Course contre la Montre
(recopiée de mon petit calepin)

Lundi 15 janvier, 15 :00. Aéroport Pierre-Elliot Trudeau, Montréal PQ.

L’homme avance à grand peine, emmitouflé dans son manteau dont le capuchon lui enserre le visage. Il se bat contre les rafales glaciales et la poudreuse qui lui explose au visage. Il secoue ses pieds engourdis par le froid et plie les yeux en grimaçant. Tout à coup, une gigantesque masse sombre apparaît derrière lui, se détachant de l’épais rideau blanc de la tempête. Il se retourne et sort rapidement son bâton lumineux qu’il agite en direction de l’énorme de bête de métal qui continue d’avancer vers lui sans broncher.
Oh! Oh! Luke, tu vas avoir besoin de renfort! Mais où est donc ce satané Han Solo quand on a besoin de lui!!! ( « avec la princesse…» murmure une langue sale)
Mais alors que tout semble perdu, le géant s’immobilise et son rugissement s’estompe progressivement pour être remplacé par celui du vent…

Enfin! Mon avion d’Air Canada vient se stationner devant la porte et pour la première fois dans la demi-heure où je l’observe, notre Jedi de Dorval esquisse un sourire, aussi content de pouvoir retourner au chaud que s’il venait de défaire les forces de l’Empire. L’aéroport P.E.T. n’est pas la planète blanche de L'Empire contre-attaque, mais, cet après-midi, il ne lui en manque pas beaucoup pour servir de décor à un documentaire sur le Pôle Nord… Moi qui était tellement contente d’avoir passé les trois derniers jours au Parc du Mont-Mégantic dans l’espoir de voir quelques flocons de vraie neige tomber avant de passer de l’autre côté de l’Équateur, je commence à me demander si je n’y suis pas allée un peu fort dans mes prières à Dame Nature…

Je ne sais pas si vous, cette belle tempête vous fait déjà pester, mais moi, ça commence… en fait, j’espère encore que ça fera plus de peur que de mal. Pour l’instant, mon vol de Montréal vers Toronto, le seul à partir aujourd’hui les autres ayant tous été annulés, n’est retardé que d’une heure, ce qui me laisse le temps d’attraper mon vol suivant de l’aéroport Pearson vers New York JFK qui part à 18h30…inch allah!

Lundi 15 janvier, 19 :55. Aéroport Lester B. Pearson, Toronto.

J’essaie de reprendre mon souffle pour pouvoir prendre une bouchée de ce peu ragoûtant sandwich acheté à grands frais au comptoir à côté de la porte. Rien à faire, mon estomac qui a passé la journée à se contracter de stress ne veut rien savoir de pain mouillé de Miracle Whip et de jus de tomates amères, mais peut-on vraiment le blâmer?
Ouf…quelle journée! Ça fait exactement 12 heures que je suis en retard à commencer par ce bus de 8h Québec-Montréal que j’ai attrapé à 8h et 3 grace à cette vieille dame qui n’arrivait pas à mettre ses baggages dans la soute, puis la navette Berri-Dorval qui a pris 1h30 au lieu de quarante minutes à cause du nombre incalculable de voitures bloquées dans les rues enneigées de Montréal.
Mais, « y a un bon dieu pour les innocents! » comme m’a lancé mon père en me poussant dans l’autobus ce matin… il avait raison, ou du moins, j’espère qu’il continuera à avoir raison…
Car si je suis à temps pour l’embarquement qui commencera dans une quinzaine de minutes de mon vol d’American Airlines vers New York, j’ai la patate qui recommence à pomper dès que j’essaie de compter combien de minutes il me restera pour changer de terminal et attraper mon autre vol vers Líma une fois à JFK (il est à 22h25 et le vol prend 1h45, je vous invite à faire le calcul avec moi). Je vous jure, rien de plus stressant que ce sablier que j’ai en tête depuis ce matin, avec chaque grain qui s’accumule dans le bas représentant un grain de plus en moins pour réussir à ne pas manquer mon vol.
Dès que j’arrive à le retourner ce sablier, c’est la course qui recommence…
La fatigue me prend tout d’un coup. J’ai les yeux dans le vague. Ils s’arrêtent sur le comptoir de cosmétiques de la boutique hors-taxes en face de moi. Tiens! Une crème anti-ride… j’en ai trois au milieu du front qui ne veulent plus partir!
« Your attention please, this is a pre-boarding message. Passengers travelling to New York, John F. Kennedy… »
Il est 20h15.
Pas le temps de vous conter comment j’ai réussi à attraper ce vol-ci alors que je suis débarquée à 18h20 de l’avion de Montréal…disons que c’est une combinaison de Dame Nature qui a retardé le vol, de mon cardio retrouvé (Vive la vie sans cigarettes!) et surtout d’une vieille agente sino-canadienne au comptoir d’American Airlines aimant mon auto-dérision.
Faut que j’y aille, chuis en retard!

Mardi 16 janvier. Aucune idée quelle heure il est, mais il fait clair. Quelque part dans les airs entre Líma, Peru et Santiago, Chili.

Un jour, j’en ferai un film et ça fera un malheur au box-office. Je prendrai une actrice ben glamour pour jouer mon rôle. J’ai pensé à Angelina Jolie…elle connaît ça elle, les cascades de films d’action, les passes de kong-fu et les sauts périlleux. Pis pendant qu’elle tourne, ben moi, je jaserai avec Brad… Quelqu’un a envie de financer mon projet?

Sérieusement, la gang, je ne pense pas avoir vécu de transit aussi palpitant…palpitant dans le sens de palpitations cardiaques. Déjà sur la piste d’atterrissage, j’avais le cœur en mode triathlon, les muscles bandés, prête à bondir hors de l’avion avec mes effets personnels (qui, pour une fois, se limitaient à deux sacs de poids raisonnables) dès que le pilote aurait le malheur d’éteindre la consigne du port de ceintures. La tension était tellement palpable que mon voisin, un certain Monsieur Lavoie, se savant en danger imminent de se faire écraser par la Machine Bélanger-Martel, s’était complètement recroquevillé au fond de son siège. Le pauvre a dû trouver le temps long entre Dorval et JFK, chaque seconde martelée par le craquement d’une jointure, mais moi, déjà dans un état second, je n’ai pas eu la politesse de le remercier de sa patience avant de m’élancer dans l’allée en enjambant les obstacles telle une championne de 100m haies.
Aux dernières nouvelles, il était 22 :05 et nous étions au Terminal 9.
Aux dernières nouvelles également, mon vol de 22 :25 n’était pas retardé et quittait de la porte A3 du Terminal 4.
Passant de la marche rapide (avec le style en plus) au sprint sur tapis roulant, du montage de marches quatre à la fois au saut de biche (pour les trois dernières marches des escaliers roulants), je traversais l’interminable terminal quand, du coin de l’œil, j’aperçois un Indien bedonnant qui me talonne avec sa mallette, sa chemise bleue et son pantalon brun. J’essaie de le semer en passant en trombe à travers les carrousels de bagages mais le voilà qui me dépasse et qui s’élance en courant dans les marches qui mènent au train relient les terminaux. Je m’élance à mon tour avec ma technique 4x4 bien développée dans les métros de Montréal quand mon cours est commencé ou que la job commence dans 2 minutes, et je le rattrape rapidement. On se regarde de moins en moins subtilement alors qu’il nous reste une bonne quinzaine de marches avant le sommet, les dents serrées, les yeux pleins de la détermination du champion. Les gouttes perlent à son front, mes poumons endommagés me supplient d’arrêter ou c’est eux qui arrêteront. Nous poserons le pied ensemble sur la dernière marche et nous engouffrerons d’un même mouvement dans le wagon qui referme aussitôt ses portes sur nous. Le battement de mon cœur me rempli les oreilles et la sueur me dégouline le long de la colonne. Je lève les yeux et aperçoit avec horreur mon reflet dans la vitre : Angelina Jolie va avoir besoin de pas mal d’effets spéciaux pour ressembler à ça. Debout à coté de moi, mon rival semble avoir fait la même découverte troublante et il tente de rajuster sa chemise détrempée en toussant. Puis, je suis son regard se lever vers l’horloge : 22 :18.
Je pensais qu’une overdose d’adrénaline pouvait tuer… Mais je suis la preuve vivante que non.
Les portes s’ouvrent sur le Terminal 4 et j’oublie Vikram et la médaille d’or pour foncer vers le premier employé que je vois pour lui demander de m’indiquer la porte A3.
Avec la légendaire amabilité des employés de JFK, il me répond placidement : « LAN Chile? Well, they’re long gone Miss! You missed your flight!!! »…l’eau me monte aux yeux… « But, but…I already have my boarding pass, I just need to get to my gate! » Et peut-être est-il touché par ma détresse ou alors peu enclin à consoler une personne mal odorante prête à fondre en larmes car il me dit « …well…you can always try…just cross the security check and see if the gate is still open ».
C’est tout ce qu’il me fallait, je fonce.
Mais mon élan est bien vite arrêté.
« Passport and boarding pass ! »
Je regarde l’énorme garde qui me dévisage sans sourire. À ma droite, Vikram a droit à une fouille complète de sa mallette.
Je lui présente mon passeport canadien en espérant que la feuille d’érable m’accélérera le passage.
Mais si nous sommes tous égaux devant dieu et nous sommes aussi tous égaux devant des gardes de sécurité américains qui, par deux fois, passeront au peigne fin tous mes effets personnels (merci au gars qui avait essayé de passer des bombes dans ses souliers, c’est ben apprécié! Merci aussi à celui qui a élevé les soupçons sur les ordinateurs portables, les tubes de pâte à dent, les stylos et les vieux sandwichs aux tomates) pendant qu’au loin, je pouvais voir les hôtesses de LAN retirer la pancarte du vol, ramasser les piles de cartes d’embarquement, faire une dernière blague aux agents d’Iberia à la porte A4 avant de se retourner pour fermer la porte derrière eux.
« Nooooooooooooooooooo »
- Et là, ça serait une belle séquence au ralenti où Angelina bondirait vers l’avant, les souliers à demi mis, le sac pendu à une épaule et la corde d’alimentation du portable autour du cou… Le décor défilerait derrière elle à toute vitesse comme dans un dessin animé japonais pendant que les gouttes de sueur s’envoleraient de tous côtés et que son cri résonnerait comme un verre éclatant sur le plancher.-

Ahaha. J’ai du leur faire la peur de leur vie!
Oh, ils m’ont laissé embarquer sans rien dire… personne aurait voulu se battre avec moi à ce moment là.
J’ai à peine eu le temps de leur remettre ma carte d’embarquement de m’asseoir dans le seul siège libre de l’énorme boeing que nous décollions en direction de Santiago del Chile, avec escale à Lima… à l’heure!

...J’avais enfin rattrapé la montre...
Pas mes bagages par exemple, mais ca, c'est une autre histoire.