Yo les jeunes!
Pour ceux qui me suivent encore et qui ne sont point sur Facebook...
Desolee pour le peu/pas de nouvelles au cours du dernier mois.
Je suis dans le juicy juice.
Je reviens dans 5 jours.
(je sais pas si ca explique la situation)
On s'en reparle de vive voix autour d'une biere.
Bisous
jeudi 31 mai 2007
lundi 7 mai 2007
En noir et blanc...
C’est la panique!
Elise passe en courant devant ma chambre…
“Hurry, Q! They’re coming in like half an hour!”
Je ramasse une pile de vêtements qui traîne à coté de mon lit que je jette aussitôt dans ma grande armoire, avec deux-trois paires de souliers, mes livres d’école, ma boite de bijoux (shit! qui viennent de se répandre partout dans l’armoire), ma brosse à cheveux et mon tas de sacs et de sacoches.
Merde! Les photos!
Je saute sur mon lit et décroche en vitesse les quelques photos que j’avais accrochées.
…ahh…Ming et ses yeux en demi-lune qui rit… Dou et Oli, le beau p’tit couple au milieu des feuilles sur Saint-Hubert…Gi! Et notre fameuse soirée carburée au Cyclón…Amanda couchée au soleil aux premiers Tamtams du printemps…Jada, Jada…ahhh…puis, quelques étranges photos de gens avec des masques africains : c’est qui ça? Paul? Christine et moi? Ahaha…
Je sais pas si c’est le noir et blanc, mais tout d’un coup, j’ai une bouffée de nostalgie.
J’ai hâte de vous voir la gang.
« Yo, Q, do you need help? »
Je lève mes yeux un peu humides.
Josh, Elise et Sophie sont dans le cadre de porte.
Quand je pense que c'est bientôt eux que je regarderai sur des photos en noir et blanc…
« Yeah, ok, help me out with the bed… Josh, can you put my pillow and sheets in your room? Elise, can you help me bring the TV in? We’ll just pretend this is the tv room alright? »
(inspection-surprise de la maison par les proprios…comme il n’existe officiellement que trois locataires, ma chambre doit « disparaître »)
« Did someone remove the posters in the bathroom? »
(pas le droit d’utiliser de la gomette ou du papier collant)
« Yeah, and someone, take down that paper everybody wrote on during the party...»
« What are we going to do about the carpet in the corridor? »
(qui est noir et brun au lieu de beige depuis le party)
« Let’s just cover it with rugs…and hope they don’t look underneath.»
« Yeah… cause if they do, we’re in trouble… »
(genre qu’on ne récupère pas l’argent du « bond » qui est de plus de 500$ chacun)
« Should we wash up the pink spaghettis Claudio vomited near the gate at the party? »
« No man, that’s a piece of art! »
« hahaha ! »
« What about Boris? »
« Yeah, he’s up in the tree again! »
« That’s a piece of art too! »
« hahahaahaha! »
On replie mon lit pour en faire un divan, ferme les portes de la grande armoire, et installe la télévision dans le coin.
En cinq minutes, plus de traces de mon espace de vie.
Ça me fait toujours bizarre de me rendre compte que ça tient en une valise tout ça…
ok mettons deux…deux grosses…deux énormes…et ben remplies…
Alors que je sors aider mes colocs à cacher les taches sur le tapis du corridor, je remarque une autre photo installée derrière la porte…Tiens! J’avais failli l’oublier celle-là.
Je la décolle doucement.
Au bas de la photo, une main que je connais bien a écrit une citation de l’écrivain suisse Nicolas Bouvier : « Je n’ai pas le pouvoir de convoquer le monde, mais peut-être celui de me rendre à quelques unes de ses convocations ».
Au milieu des montagnes népalaises qui apparaissent tranquillement à travers la brume du matin, une fillette, toute minuscule dans sa grosse doudoune brune, regarde la beauté du monde qui se réveille.
(…la p'tite Chloé…Chlo, devenue grande...Eye, ma sœur, si tu me lis, saches que j’t’aime. Pis même si tu me lis pas, j’t’aime quand même…qu’on lui fasse le message, merci.)
Oh que d’émotions ce matin!
Stress, nostalgie, appréhension, rires, sérénité, amour…
Fatigue?
Mon deuxième cappuccino (merci Jamie Oliver pour la technique de moussage de lait sans mousseur) ne fait, pour l'instant, pas plus effet que le premier.
Pendant que la poussière retombe et qu’au 6 Warburton, on attend des proprios qui ne se pointeront finalement même pas, j’en profite pour avancer mes lectures sur les origines du multiculturalisme canadien (pour un travail qui le compare avec sa version australienne et qui risque d’être passionnant).
Non mais pareil, on en a-tu tué de l’Amérindien!!!
Josh, avec bonté, écoute ma bruyante indignation jusqu'à ce que je réalise que je ressemble à Rémi Girard qui pète sa coche à l’hôpital dans Les Invasions Barbares… Il me donne une petite tape sur l’épaule pendant que je me rassois pour finir d’un trait ma dernière gorgée de café.
« It’s ok, we did it too… »
Ça me rappelle une chanson stupide d’une parodie de Sesame Street où les personnages «multiethniques» s’insultent mutuellement en chantant: « We’re all a litttttttle bit raciiiiist sometimeeeees! ». Une fille de mon cours sur l’immigration en Australie l’a présentée dans notre dernier tutorial… Le fait que ce soit une bande de Blancs s’exprimant avec plus ou moins de finesse qui soit derrière les marionnettes me met un peu mal à l’aise : je ne suis pas certaine que l’ironie se situe au niveau approprié. Qu’est-ce que c’est leur message exactement? Qu’on est tous racistes et qu’on devrait l’admettre et donc s’y faire? Ou que cette rhétorique démontre la complaisance de ceux qui croient que c’est suffisant d’admettre la discrimination au lieu d’y réagir activement? Pour être honnête, je doute qu’ils se soient rendus jusque là… Et de voir un Blanc déguisé en une caricature d’un Chinois chanter que les chauffeurs de taxi antillais puent, et un autre déguisé en caricature de Sikh indien lui répondre qu’au moins leur accent à eux est comprenable, je suis pas sure de trouver ça drôle.
En tout cas, tout ça pour dire que ça m’a fait réfléchir quand Josh, d’un geste se voulant rassurant, m’a donné une petite tape dans le dos pour dire que l’histoire australienne n’est pas plus reluisante que la nôtre.
(« We’re all a littttttle bit raciiiiist sometimeeeeeees! »)
Puis j’ai lu un chapitre sur les Métis et les Half-Breeds, comme les descendants Anglo-amérindiens s’appellent eux-mêmes, ces « hybrides » qui dérangeaient tant les autorités autant françaises qu’anglaises.
Dans mon autre cours, celui avec le prof anglais un peu sauté, on a eu toute une section sur le concept d’hybridité et à quel point c’est quelque chose, cette transgression des normes qui ne peut être plus capitale que dans le mélange du sang avec celui de l’Autre, de profondément tabou dans presque toutes les cultures.
Pourtant, et peut-être de là le tabou, y a quelque chose dans cette liberté, dans ce fier mélange pourtant proscrit par des assimilitionistes qui croyaient pouvoir facilement réaliser l’inverse, d’incroyablement attirant…
Tout à coup, j’ai eu une espèce d’impulsion très «Français de passage chez les cousins Canadiens» de partir comme un coureur des bois à la recherche de nouveaux copains Amérindiens et castors, avec ma pipe, mes raquettes et un chapeau de fourrure. J’suis pas sure de quel film je tire mes clichés, mais en réalisant que j’ai pas la barbe de service, je reviens à la réalité… En trente secondes, je viens de sortir un trentaine de critiques genre : « ouais mais ce qu’ils voulaient, c’était pas des amis, c’est de la fourrure pas chère! Et c’est pas parce qu’ils avaient plus de contacts avec les Amérindiens qu’ils les respectaient… qui est-ce qui leur a passé toutes sortes de microbes ehn? Y en avait du stock dans ces barbes-là! » ou « ben justement! C’était tout des gars! Apportant avec eux le point de vue masculin d’un société européenne encore complètement sexiste… imaginez si au lieu de rester à faire des bébés, les filles du Roy auraient pu elles aussi aller jouer dans le bois et participer à l’échange culturel (et génétique). À ma connaissance, à part la sympathique Madeleine de Verchères tant habile au mousquet, y en a pas beaucoup qui ont eu la chance d’ajouter leur grain de sel au fameux mélange (et les «méchants» Iroquois s’en seraient probablement passé)…».
Et ce beau mix grâce à qui? Ehn? Ehn? …Aux castors bien sur (leur peau surtout)! …y peuvent bien être sur nos cinq cennes.
Ici, les Aborigènes ont pas eu la « chance » d’être aussi « utiles » au envahisseurs. Quoique aujourd’hui, l’industrie touristique australienne pourrait difficilement s’en passer…
...ah, l’ironie…
(« We’re all a litttttle… »)
hehehe
Bon. Sur une note plus légère et plus joyeuse…
Non! Attendez! Avant, je veux vous dire qu’Elise m’a fait écouter une super reprise de la toune « Smells like teen spirit » (d’un groupe pas exactement « léger ») par Patti Smith et son banjo. Gé-nial.
Ok, bon, dans le jojo…
Ben, samedi, c’était ma fête!
Yeah!
22! … Dans le calendrier chinois c’est pas porteur de chance ça les chiffres doubles?
…je dis n’importe quoi… Mais c’est pas tous les jours qu’on tourne 22 comme dirait mes anglos d’amis (sans blagues?). J’aime le concept de « tourner »… comme du lait, quand ça vieillit, ça tourne.
À me voir dimanchematin, c’est vrai que j’avais l’air un peu caillé.
Après une semaine à me droguer au thé à l’échinacée et aux médicaments contre la grippe, j’étais mure pour sortir de mon lit histoire de célébrer l’annuel événement à la mémoire de cet instant historique où je fus offerte à l’humanité.
(Merci, merci.
…des blagues… en fait c’est peut-être plus une minute de silence à la souffrance de ma mère que je devrais respecter…merci Christine.
Mais quand même, merci à tout le monde de vos souhaits chaleureux et vos bons mots. À chaque année, ma fête me donne l’occasion d’apprécier la chance que j’ai eu de croiser vos chemins. Je vouuuus aiiiiime!)
Avec Annur et son copain Drew, la mafia allemande et l’équipe 6 Warburton St, on est allé manger de la bonne bouffe en immense quantité dans le plus kitch des restos vietnamiens du quartier Richmond, avant d’aller prendre un verre sur la très cool Brunswick St.
C’était une belle soirée, pleine de rires, de vin et de reggae.
Je vous en poste d’ailleurs quelques photos, en sépia pour que ça passe à la postérité…
À part de TSA (haha François Pérusse!), je suis heureuse de vous annoncer que malgré la toux et les montagnes de kleenex, y a un peu plus de gaieté et de motivation dans ma vie ces temps-ci.
C’est peut-être le beau soleil ce matin, le café qui fait enfin effet ou toute la bonne musique que je viens de télécharger sur mon lecteur mp3 en prévision de ma marche vers l’université, mais je sens qu’aujourd’hui sera une belle journée.
Ça doit être l’âge…
Sur ce, (oh que j'adore cette expression...d'habitude, dans le speech du samedi matin aux employés, elle était suivie d'un "...on vous souhaite un bon quart de travail!") je vous souhaite une belle journée.
Bisous
xx(ii)
La seule photo du 6 Warburton St crew au grand complet (a conserver pour les archives)
Josh, Sophie, Elise et moi, en train de hurler (WAAAAARBURRRTOOOONN)
Un denomme Max, troubadour sur Brunswick, Sophie et Elise qui est devenu un ami (ben ben proche, parlez-en a Sophie!)
Elise passe en courant devant ma chambre…
“Hurry, Q! They’re coming in like half an hour!”
Je ramasse une pile de vêtements qui traîne à coté de mon lit que je jette aussitôt dans ma grande armoire, avec deux-trois paires de souliers, mes livres d’école, ma boite de bijoux (shit! qui viennent de se répandre partout dans l’armoire), ma brosse à cheveux et mon tas de sacs et de sacoches.
Merde! Les photos!
Je saute sur mon lit et décroche en vitesse les quelques photos que j’avais accrochées.
…ahh…Ming et ses yeux en demi-lune qui rit… Dou et Oli, le beau p’tit couple au milieu des feuilles sur Saint-Hubert…Gi! Et notre fameuse soirée carburée au Cyclón…Amanda couchée au soleil aux premiers Tamtams du printemps…Jada, Jada…ahhh…puis, quelques étranges photos de gens avec des masques africains : c’est qui ça? Paul? Christine et moi? Ahaha…
Je sais pas si c’est le noir et blanc, mais tout d’un coup, j’ai une bouffée de nostalgie.
J’ai hâte de vous voir la gang.
« Yo, Q, do you need help? »
Je lève mes yeux un peu humides.
Josh, Elise et Sophie sont dans le cadre de porte.
Quand je pense que c'est bientôt eux que je regarderai sur des photos en noir et blanc…
« Yeah, ok, help me out with the bed… Josh, can you put my pillow and sheets in your room? Elise, can you help me bring the TV in? We’ll just pretend this is the tv room alright? »
(inspection-surprise de la maison par les proprios…comme il n’existe officiellement que trois locataires, ma chambre doit « disparaître »)
« Did someone remove the posters in the bathroom? »
(pas le droit d’utiliser de la gomette ou du papier collant)
« Yeah, and someone, take down that paper everybody wrote on during the party...»
« What are we going to do about the carpet in the corridor? »
(qui est noir et brun au lieu de beige depuis le party)
« Let’s just cover it with rugs…and hope they don’t look underneath.»
« Yeah… cause if they do, we’re in trouble… »
(genre qu’on ne récupère pas l’argent du « bond » qui est de plus de 500$ chacun)
« Should we wash up the pink spaghettis Claudio vomited near the gate at the party? »
« No man, that’s a piece of art! »
« hahaha ! »
« What about Boris? »
« Yeah, he’s up in the tree again! »
« That’s a piece of art too! »
« hahahaahaha! »
On replie mon lit pour en faire un divan, ferme les portes de la grande armoire, et installe la télévision dans le coin.
En cinq minutes, plus de traces de mon espace de vie.
Ça me fait toujours bizarre de me rendre compte que ça tient en une valise tout ça…
ok mettons deux…deux grosses…deux énormes…et ben remplies…
Alors que je sors aider mes colocs à cacher les taches sur le tapis du corridor, je remarque une autre photo installée derrière la porte…Tiens! J’avais failli l’oublier celle-là.
Je la décolle doucement.
Au bas de la photo, une main que je connais bien a écrit une citation de l’écrivain suisse Nicolas Bouvier : « Je n’ai pas le pouvoir de convoquer le monde, mais peut-être celui de me rendre à quelques unes de ses convocations ».
Au milieu des montagnes népalaises qui apparaissent tranquillement à travers la brume du matin, une fillette, toute minuscule dans sa grosse doudoune brune, regarde la beauté du monde qui se réveille.
(…la p'tite Chloé…Chlo, devenue grande...Eye, ma sœur, si tu me lis, saches que j’t’aime. Pis même si tu me lis pas, j’t’aime quand même…qu’on lui fasse le message, merci.)
Oh que d’émotions ce matin!
Stress, nostalgie, appréhension, rires, sérénité, amour…
Fatigue?
Mon deuxième cappuccino (merci Jamie Oliver pour la technique de moussage de lait sans mousseur) ne fait, pour l'instant, pas plus effet que le premier.
Pendant que la poussière retombe et qu’au 6 Warburton, on attend des proprios qui ne se pointeront finalement même pas, j’en profite pour avancer mes lectures sur les origines du multiculturalisme canadien (pour un travail qui le compare avec sa version australienne et qui risque d’être passionnant).
Non mais pareil, on en a-tu tué de l’Amérindien!!!
Josh, avec bonté, écoute ma bruyante indignation jusqu'à ce que je réalise que je ressemble à Rémi Girard qui pète sa coche à l’hôpital dans Les Invasions Barbares… Il me donne une petite tape sur l’épaule pendant que je me rassois pour finir d’un trait ma dernière gorgée de café.
« It’s ok, we did it too… »
Ça me rappelle une chanson stupide d’une parodie de Sesame Street où les personnages «multiethniques» s’insultent mutuellement en chantant: « We’re all a litttttttle bit raciiiiist sometimeeeees! ». Une fille de mon cours sur l’immigration en Australie l’a présentée dans notre dernier tutorial… Le fait que ce soit une bande de Blancs s’exprimant avec plus ou moins de finesse qui soit derrière les marionnettes me met un peu mal à l’aise : je ne suis pas certaine que l’ironie se situe au niveau approprié. Qu’est-ce que c’est leur message exactement? Qu’on est tous racistes et qu’on devrait l’admettre et donc s’y faire? Ou que cette rhétorique démontre la complaisance de ceux qui croient que c’est suffisant d’admettre la discrimination au lieu d’y réagir activement? Pour être honnête, je doute qu’ils se soient rendus jusque là… Et de voir un Blanc déguisé en une caricature d’un Chinois chanter que les chauffeurs de taxi antillais puent, et un autre déguisé en caricature de Sikh indien lui répondre qu’au moins leur accent à eux est comprenable, je suis pas sure de trouver ça drôle.
En tout cas, tout ça pour dire que ça m’a fait réfléchir quand Josh, d’un geste se voulant rassurant, m’a donné une petite tape dans le dos pour dire que l’histoire australienne n’est pas plus reluisante que la nôtre.
(« We’re all a littttttle bit raciiiiist sometimeeeeeees! »)
Puis j’ai lu un chapitre sur les Métis et les Half-Breeds, comme les descendants Anglo-amérindiens s’appellent eux-mêmes, ces « hybrides » qui dérangeaient tant les autorités autant françaises qu’anglaises.
Dans mon autre cours, celui avec le prof anglais un peu sauté, on a eu toute une section sur le concept d’hybridité et à quel point c’est quelque chose, cette transgression des normes qui ne peut être plus capitale que dans le mélange du sang avec celui de l’Autre, de profondément tabou dans presque toutes les cultures.
Pourtant, et peut-être de là le tabou, y a quelque chose dans cette liberté, dans ce fier mélange pourtant proscrit par des assimilitionistes qui croyaient pouvoir facilement réaliser l’inverse, d’incroyablement attirant…
Tout à coup, j’ai eu une espèce d’impulsion très «Français de passage chez les cousins Canadiens» de partir comme un coureur des bois à la recherche de nouveaux copains Amérindiens et castors, avec ma pipe, mes raquettes et un chapeau de fourrure. J’suis pas sure de quel film je tire mes clichés, mais en réalisant que j’ai pas la barbe de service, je reviens à la réalité… En trente secondes, je viens de sortir un trentaine de critiques genre : « ouais mais ce qu’ils voulaient, c’était pas des amis, c’est de la fourrure pas chère! Et c’est pas parce qu’ils avaient plus de contacts avec les Amérindiens qu’ils les respectaient… qui est-ce qui leur a passé toutes sortes de microbes ehn? Y en avait du stock dans ces barbes-là! » ou « ben justement! C’était tout des gars! Apportant avec eux le point de vue masculin d’un société européenne encore complètement sexiste… imaginez si au lieu de rester à faire des bébés, les filles du Roy auraient pu elles aussi aller jouer dans le bois et participer à l’échange culturel (et génétique). À ma connaissance, à part la sympathique Madeleine de Verchères tant habile au mousquet, y en a pas beaucoup qui ont eu la chance d’ajouter leur grain de sel au fameux mélange (et les «méchants» Iroquois s’en seraient probablement passé)…».
Et ce beau mix grâce à qui? Ehn? Ehn? …Aux castors bien sur (leur peau surtout)! …y peuvent bien être sur nos cinq cennes.
Ici, les Aborigènes ont pas eu la « chance » d’être aussi « utiles » au envahisseurs. Quoique aujourd’hui, l’industrie touristique australienne pourrait difficilement s’en passer…
...ah, l’ironie…
(« We’re all a litttttle… »)
hehehe
Bon. Sur une note plus légère et plus joyeuse…
Non! Attendez! Avant, je veux vous dire qu’Elise m’a fait écouter une super reprise de la toune « Smells like teen spirit » (d’un groupe pas exactement « léger ») par Patti Smith et son banjo. Gé-nial.
Ok, bon, dans le jojo…
Ben, samedi, c’était ma fête!
Yeah!
22! … Dans le calendrier chinois c’est pas porteur de chance ça les chiffres doubles?
…je dis n’importe quoi… Mais c’est pas tous les jours qu’on tourne 22 comme dirait mes anglos d’amis (sans blagues?). J’aime le concept de « tourner »… comme du lait, quand ça vieillit, ça tourne.
À me voir dimanchematin, c’est vrai que j’avais l’air un peu caillé.
Après une semaine à me droguer au thé à l’échinacée et aux médicaments contre la grippe, j’étais mure pour sortir de mon lit histoire de célébrer l’annuel événement à la mémoire de cet instant historique où je fus offerte à l’humanité.
(Merci, merci.
…des blagues… en fait c’est peut-être plus une minute de silence à la souffrance de ma mère que je devrais respecter…merci Christine.
Mais quand même, merci à tout le monde de vos souhaits chaleureux et vos bons mots. À chaque année, ma fête me donne l’occasion d’apprécier la chance que j’ai eu de croiser vos chemins. Je vouuuus aiiiiime!)
Avec Annur et son copain Drew, la mafia allemande et l’équipe 6 Warburton St, on est allé manger de la bonne bouffe en immense quantité dans le plus kitch des restos vietnamiens du quartier Richmond, avant d’aller prendre un verre sur la très cool Brunswick St.
C’était une belle soirée, pleine de rires, de vin et de reggae.
Je vous en poste d’ailleurs quelques photos, en sépia pour que ça passe à la postérité…
À part de TSA (haha François Pérusse!), je suis heureuse de vous annoncer que malgré la toux et les montagnes de kleenex, y a un peu plus de gaieté et de motivation dans ma vie ces temps-ci.
C’est peut-être le beau soleil ce matin, le café qui fait enfin effet ou toute la bonne musique que je viens de télécharger sur mon lecteur mp3 en prévision de ma marche vers l’université, mais je sens qu’aujourd’hui sera une belle journée.
Ça doit être l’âge…
Sur ce, (oh que j'adore cette expression...d'habitude, dans le speech du samedi matin aux employés, elle était suivie d'un "...on vous souhaite un bon quart de travail!") je vous souhaite une belle journée.
Bisous
xx(ii)
La seule photo du 6 Warburton St crew au grand complet (a conserver pour les archives)Josh, Sophie, Elise et moi, en train de hurler (WAAAAARBURRRTOOOONN)
Un denomme Max, troubadour sur Brunswick, Sophie et Elise qui est devenu un ami (ben ben proche, parlez-en a Sophie!)jeudi 26 avril 2007
Tout un party!
Ahlan wa sahlan!
… version courte de 'Nazilta ahlan wa watta'ta sahlan', une salutation des nomades arabes pour ceux qui décident de rester pour un bout de temps. La traduction mot à mot ressemblerait à “Si tu descends de ton cheval (ou de ton dromadaire), tu rencontreras un frère (quelqu’un qui te traitera comme l’un des siens) et tu fouleras la plaine ( c’est-à-dire une surface lisse et plate qui ne te force pas grimper ou à descendre, mais seulement de bouger au bon rythme)..”
J’voulais vraiment commencer mon post avec cette salutation que j’ai emprunté au site web de Ghassan Hage (un anthropologue qui m’impressionne beaucoup avec ses idées ces temps-ci). Pas que j’ai l’intention de vous garder sur mon blogue pendant une éternité, mais je trouvais juste l’image toute simple et incroyablement belle... me semble qu’on devrait se dire ça à chaque fois qu’on se voit.
Quoiqu’on se souhaite quand même la santé (j’imagine que c’est ça qui est à l’origine de “salut”. ?) ce qui n’est pas mal non plus et c’est mieux que de se souhaiter une bonne météo (bonjour…selon mon interprétation…hehe).
Parlant de santé, j’aurais bien besoin qu’on me la souhaite ce soir…
Non, faites-vous en pas, j’ai pas de maladie incurable à vous annoncer, mais mettons j’ai le foie souffreteux. Couchée en boule dans mon lit avec un deux litres d’eau, j’essaie de pas penser à mon estomac qui flotte et à ma langue qui goûte encore le rhum and coke dont j’ai largement abusé dans les dernières vingt-quatre heures.
***
Depuis que je suis revenue de camping, c’est la panique…
L’école, de un, me prend tout mon temps. Pas tant parce que j’ai trop à faire mais parce que j’arrive pas à travailler de façon productive sur ce que je dois faire… Je vous emmerderai pas davantage avec ma procrastination, mais en bref, on peut dire que c’est l’histoire de ma vie.
De deux, je sais pas, c’est peut-être à cause de mon numéro un qui me cause bien du stress, mais j’ai comme perdu ma petite euphorie qui me faisait tripper non-stop depuis que j’ai mis les pieds sur ce continent. Moi qui me sentait bizarrement (pas parce que ça m’arrive jamais, mais plutôt parce que ça n’avait jamais duré aussi longtemps) constamment heureuse, motivée, complète… ben, depuis trois semaines, c’est « back to reality ».
“oups, there goes gravity..”
S’cusez mon Eminem ce soir, c’est des restants du party d’hier où Elise, déguisée en ‘wigga’ version années 80, style Vanilla Ice, m’a rappé cette chanson au moins une douzaine de fois.
Mais pour en revenir à mon mini-down (pas vraiment un down, mais disons, plus bas qu’extraordinaire ça serait quoi? Ordinaire?…genre, juste normal. ça fait du sens? –comme on dit en bon franglais-), mettons que vers la fin de cette semaine, le stress, l’abus de café, le manque de sommeil et la frustration m’avaient transformé en paquet de nerfs…un paquet ben noué, genre que ça aurait pris des ongles pour défaire le nœud géant que j’avais en plein milieu du dos.
Mais au lieu de me payer un massage, une longue conversation avec un ami ou un bain avec des chandelles, je suis allée pour l’option facile quoique plus ou moins efficace : la noyade de mes soucis dans une bonne dose d’alcool. Jeudi soir, alors le reste de la mafia allemande (mes copains Jorn, Elena, Sabina et Robert et autres membres internationaux Francisco, Ravin, etc. ) décide sagement de rentrer à la maison à temps pour se permettre une bonne nuit de sommeil, Jorn (qui avait lui aussi des soucis à noyer je crois) et moi on en vire une capable au St-Jeromes, un bar alternatif du centre-ville… ayoye!
Comment on appelle ça un lendemain de veille la veille d’un lendemain de veille?
Ben, en tout cas, c’est ça que j’avais.
Pis comment on appelle ça un lendemain de veille le lendemain d’un lendemain de veille?
Bon, ben, c’est en plein ça que j’ai.
…pis j’ai encore un nœud dans le dos.
Ah…pis il me reste encore la moppe à passer dans la cuisine…
J’ai juste envie de rester dans mon lit et de me complaire dans mon malheur…
Aye aye aye, pas facile la vie.
Et cet horrible party auquel j’ai été forcée de participer hier…
Haha…offffff couuuurse, je blague! (pas pour l’envie de rester au lit par exemple)
Le « 6 WaRbuRton’s HousewaRming PaRty » fut le party du siècle!!!
Tous les éléments d’un party mémorable y étaient :
- des invités branchés … c’est l’élément de base et tout le monde y était! Anciens amis, récents amis (très récents comme la gang de Colombiens et deux Norvégiens rencontrés la veille au St-Jeromes quand j’ai décidé que je distribuais mon restant de flyers à la moitié du bar), ceux du dernier party (qui m’appellent encore Jesus), leurs amis, les amis de leurs amis et les amis des amis de leurs amis. Ce qui était cool c’est que c’était super varié…la gang de « hip kids » à Annur et Jess, les amis du secondaire d’Elise, quasiment toute la communauté queer de l’université (Josh avait laissé une pile de flyer dans le Queer Lounge à l’école et le mot c’est répandu rapidement!), les voisins libanais qui pompent leur techno tous les samedis après-midi, et même le client préféré de Sophie qui travaille au Starbucks, un homme d’affaire russe! De mon bord, j’avais bien évidemment invité toute la mafia allemande et membres connexes, une gang de mon collège à Singapour et les autres du réseaux de gradués des UWCs, tous les autres échanges à Melbourne de McGill, Jan Lukas l’Allemand et ses colocs, une couple de collègues de classe et des amis de Sandra à Sydney qui se trouvaient par hasard en ville. Aucune idée du nombre exact, mais c’était plein dans le sens littéral du terme!!!
- des costumes hilarants… pour vous donner une idée, à part les Rabbits, les Rainbows et les Rastamen, y avait des Rangers, un couple de piRates (?), un Runner, des membres de la Royal Family, des Russians à la tonne (incluant un vrai de vrai Russe et quelques Russian mail-in brides), des The Reaper (la Mort) et des Jack the Ripper, toute une variété de Racists (de la militante KKK au raciste australien typique –enveloppé dans son drapeau, saoul-, comme dans fameuses émeutes de Cronulla Beach à Sydney l’an passé…assez troublant. Oh pis y avait ces trois Australiens d’origine asiatique qui avaient chacun un t-shirt avec un slogan raciste qu’on entend ou qu’on voit assez souvent comme « Wogs, go home! », « No to Asian Immigration »…), toutes sortes de révolutionnaires (le meilleur c’était Ingram qui était, avec son béret et son cocktail-molotov un French Riotist), un groupe de filles sorties des Roaring Twenties, des dizaines de célébrités (des Ramones à Rocky en passant par Ronaldo et Reese Witherspoon dans le film Elections, avec son bol de suçons et ses macarons), deux ou trois Robbers (avec leur cagoule et un grand sac vert…humm…où est passée la TV?) et tout ce qui se trouve dans le champ lexical du Red (Red Indian, communistes, etc.). Évidemment, sur pas loin de 200 costumes, j’en passe! Dignes de mention par contre : Fiona, habillée et peignée entièrement à l’envers, pour la femme Reverse, ainsi que Chiara, avec ses quelques feuilles sur le dessus de la tête et ben du fard à joues, en Raddish. Certains étaient plus simples, comme mon ami allemand roux : Red-haired Robert Rodde, ou plus concept que d’autres, comme Jess et sa robe à carreaux de couleur… après 20 minutes, j’ai donné ma langue au chat : Rubbrick Cube, mais vraiment tout le monde a embarqué! Je pense que prendre une lettre comme thème était une bonne idée…ça laisse les gens être créatifs. Et ça part bien une conversation : « Salut, t’es quoi? » (Hi, what R you?)
- une décoration digne de l’occasion… ça nous a pris toute la journée, mais c’était quelques chose! Le salon (the Red Room) était complètement rouge (et ça nous a permis de garder le tapis beige en dessous des draps rouges intact), on avait une vraie piste de danse (the Rave Room) à coté de la cuisine (par vraie, je veux dire avec une boule disco bien sur), une toilette de thème R-tistic où les « passant » pouvaient laisser leur marque en dessinant ou écrivant sur les tableaux accrochés au mur, un lounge extérieur couvert par une méga-bâche pour la pluie, un Romance Shack (le cabanon qui d’habitude n’est pas très invitant, mais hier, tout décoré, ambiance tamisée, il a pogné!) et des lanternes et bougies tout autour du jardin.
- de la bonne musique…on s’est mis les quatre pour faire la playlist : Scissor Sisters pour Josh, Velvet Underground pour Soph, Le Tigre pour Elise et un peu de The Rapture pour moi.
- de quoi à boire en masse (le Bottle Shop du coin a du voir ses profits minoter hier!), des shooters de jello multicolore à la vodka et le clou : le Super Melon d’Eau à la vodka (tout simple, tu fais un trou sur le dessus, plante la bouteille de vodka dedans et laisse imbiber pour la nuit! Si on avait un congélateur, c’aurait été encore meilleur…mais bon, on peut pas tout avoir!).
- de l’action : une bagarre au milieu du salon (et c’est Elise qui a sorti le bagarreur…hahaha…en rappant!) ce qui a amené la police (en réponse à la bagarre) ce qui a également déclenché une débandade pour trouver une cachette aux substances illicites (on a retrouvé du pot dans le lave-vaisselle ce matin); expulsion forcée de la salle de bain (ça a pris quatre personnes!) d’un couple un peu trop empressé; Boris, le gros koala de peluche, s’est encore une fois fait grimper dans un arbre; concours de mimes dans la ruelle et breakdance dans la cuisine…
ahh… pis ouains, pas mal de crasse aussi.
Sur ce, je me lève et je vais mopper.
Prenez soin de vous autres, moi je prends un bon bain avant de me coucher.
Photo? Photo?


Les filles du college de Singapour que j'avais pas revu, a part Laura, depuis 3 ans. Alex en Rambo, Sam en...je-sais-pas-quoi, Amanda et Laura en rockstars....

… version courte de 'Nazilta ahlan wa watta'ta sahlan', une salutation des nomades arabes pour ceux qui décident de rester pour un bout de temps. La traduction mot à mot ressemblerait à “Si tu descends de ton cheval (ou de ton dromadaire), tu rencontreras un frère (quelqu’un qui te traitera comme l’un des siens) et tu fouleras la plaine ( c’est-à-dire une surface lisse et plate qui ne te force pas grimper ou à descendre, mais seulement de bouger au bon rythme)..”
J’voulais vraiment commencer mon post avec cette salutation que j’ai emprunté au site web de Ghassan Hage (un anthropologue qui m’impressionne beaucoup avec ses idées ces temps-ci). Pas que j’ai l’intention de vous garder sur mon blogue pendant une éternité, mais je trouvais juste l’image toute simple et incroyablement belle... me semble qu’on devrait se dire ça à chaque fois qu’on se voit.
Quoiqu’on se souhaite quand même la santé (j’imagine que c’est ça qui est à l’origine de “salut”. ?) ce qui n’est pas mal non plus et c’est mieux que de se souhaiter une bonne météo (bonjour…selon mon interprétation…hehe).
Parlant de santé, j’aurais bien besoin qu’on me la souhaite ce soir…
Non, faites-vous en pas, j’ai pas de maladie incurable à vous annoncer, mais mettons j’ai le foie souffreteux. Couchée en boule dans mon lit avec un deux litres d’eau, j’essaie de pas penser à mon estomac qui flotte et à ma langue qui goûte encore le rhum and coke dont j’ai largement abusé dans les dernières vingt-quatre heures.
***
Depuis que je suis revenue de camping, c’est la panique…
L’école, de un, me prend tout mon temps. Pas tant parce que j’ai trop à faire mais parce que j’arrive pas à travailler de façon productive sur ce que je dois faire… Je vous emmerderai pas davantage avec ma procrastination, mais en bref, on peut dire que c’est l’histoire de ma vie.
De deux, je sais pas, c’est peut-être à cause de mon numéro un qui me cause bien du stress, mais j’ai comme perdu ma petite euphorie qui me faisait tripper non-stop depuis que j’ai mis les pieds sur ce continent. Moi qui me sentait bizarrement (pas parce que ça m’arrive jamais, mais plutôt parce que ça n’avait jamais duré aussi longtemps) constamment heureuse, motivée, complète… ben, depuis trois semaines, c’est « back to reality ».
“oups, there goes gravity..”
S’cusez mon Eminem ce soir, c’est des restants du party d’hier où Elise, déguisée en ‘wigga’ version années 80, style Vanilla Ice, m’a rappé cette chanson au moins une douzaine de fois.
Mais pour en revenir à mon mini-down (pas vraiment un down, mais disons, plus bas qu’extraordinaire ça serait quoi? Ordinaire?…genre, juste normal. ça fait du sens? –comme on dit en bon franglais-), mettons que vers la fin de cette semaine, le stress, l’abus de café, le manque de sommeil et la frustration m’avaient transformé en paquet de nerfs…un paquet ben noué, genre que ça aurait pris des ongles pour défaire le nœud géant que j’avais en plein milieu du dos.
Mais au lieu de me payer un massage, une longue conversation avec un ami ou un bain avec des chandelles, je suis allée pour l’option facile quoique plus ou moins efficace : la noyade de mes soucis dans une bonne dose d’alcool. Jeudi soir, alors le reste de la mafia allemande (mes copains Jorn, Elena, Sabina et Robert et autres membres internationaux Francisco, Ravin, etc. ) décide sagement de rentrer à la maison à temps pour se permettre une bonne nuit de sommeil, Jorn (qui avait lui aussi des soucis à noyer je crois) et moi on en vire une capable au St-Jeromes, un bar alternatif du centre-ville… ayoye!
Comment on appelle ça un lendemain de veille la veille d’un lendemain de veille?
Ben, en tout cas, c’est ça que j’avais.
Pis comment on appelle ça un lendemain de veille le lendemain d’un lendemain de veille?
Bon, ben, c’est en plein ça que j’ai.
…pis j’ai encore un nœud dans le dos.
Ah…pis il me reste encore la moppe à passer dans la cuisine…
J’ai juste envie de rester dans mon lit et de me complaire dans mon malheur…
Aye aye aye, pas facile la vie.
Et cet horrible party auquel j’ai été forcée de participer hier…
Haha…offffff couuuurse, je blague! (pas pour l’envie de rester au lit par exemple)
Le « 6 WaRbuRton’s HousewaRming PaRty » fut le party du siècle!!!
Tous les éléments d’un party mémorable y étaient :
- des invités branchés … c’est l’élément de base et tout le monde y était! Anciens amis, récents amis (très récents comme la gang de Colombiens et deux Norvégiens rencontrés la veille au St-Jeromes quand j’ai décidé que je distribuais mon restant de flyers à la moitié du bar), ceux du dernier party (qui m’appellent encore Jesus), leurs amis, les amis de leurs amis et les amis des amis de leurs amis. Ce qui était cool c’est que c’était super varié…la gang de « hip kids » à Annur et Jess, les amis du secondaire d’Elise, quasiment toute la communauté queer de l’université (Josh avait laissé une pile de flyer dans le Queer Lounge à l’école et le mot c’est répandu rapidement!), les voisins libanais qui pompent leur techno tous les samedis après-midi, et même le client préféré de Sophie qui travaille au Starbucks, un homme d’affaire russe! De mon bord, j’avais bien évidemment invité toute la mafia allemande et membres connexes, une gang de mon collège à Singapour et les autres du réseaux de gradués des UWCs, tous les autres échanges à Melbourne de McGill, Jan Lukas l’Allemand et ses colocs, une couple de collègues de classe et des amis de Sandra à Sydney qui se trouvaient par hasard en ville. Aucune idée du nombre exact, mais c’était plein dans le sens littéral du terme!!!
- des costumes hilarants… pour vous donner une idée, à part les Rabbits, les Rainbows et les Rastamen, y avait des Rangers, un couple de piRates (?), un Runner, des membres de la Royal Family, des Russians à la tonne (incluant un vrai de vrai Russe et quelques Russian mail-in brides), des The Reaper (la Mort) et des Jack the Ripper, toute une variété de Racists (de la militante KKK au raciste australien typique –enveloppé dans son drapeau, saoul-, comme dans fameuses émeutes de Cronulla Beach à Sydney l’an passé…assez troublant. Oh pis y avait ces trois Australiens d’origine asiatique qui avaient chacun un t-shirt avec un slogan raciste qu’on entend ou qu’on voit assez souvent comme « Wogs, go home! », « No to Asian Immigration »…), toutes sortes de révolutionnaires (le meilleur c’était Ingram qui était, avec son béret et son cocktail-molotov un French Riotist), un groupe de filles sorties des Roaring Twenties, des dizaines de célébrités (des Ramones à Rocky en passant par Ronaldo et Reese Witherspoon dans le film Elections, avec son bol de suçons et ses macarons), deux ou trois Robbers (avec leur cagoule et un grand sac vert…humm…où est passée la TV?) et tout ce qui se trouve dans le champ lexical du Red (Red Indian, communistes, etc.). Évidemment, sur pas loin de 200 costumes, j’en passe! Dignes de mention par contre : Fiona, habillée et peignée entièrement à l’envers, pour la femme Reverse, ainsi que Chiara, avec ses quelques feuilles sur le dessus de la tête et ben du fard à joues, en Raddish. Certains étaient plus simples, comme mon ami allemand roux : Red-haired Robert Rodde, ou plus concept que d’autres, comme Jess et sa robe à carreaux de couleur… après 20 minutes, j’ai donné ma langue au chat : Rubbrick Cube, mais vraiment tout le monde a embarqué! Je pense que prendre une lettre comme thème était une bonne idée…ça laisse les gens être créatifs. Et ça part bien une conversation : « Salut, t’es quoi? » (Hi, what R you?)
- une décoration digne de l’occasion… ça nous a pris toute la journée, mais c’était quelques chose! Le salon (the Red Room) était complètement rouge (et ça nous a permis de garder le tapis beige en dessous des draps rouges intact), on avait une vraie piste de danse (the Rave Room) à coté de la cuisine (par vraie, je veux dire avec une boule disco bien sur), une toilette de thème R-tistic où les « passant » pouvaient laisser leur marque en dessinant ou écrivant sur les tableaux accrochés au mur, un lounge extérieur couvert par une méga-bâche pour la pluie, un Romance Shack (le cabanon qui d’habitude n’est pas très invitant, mais hier, tout décoré, ambiance tamisée, il a pogné!) et des lanternes et bougies tout autour du jardin.
- de la bonne musique…on s’est mis les quatre pour faire la playlist : Scissor Sisters pour Josh, Velvet Underground pour Soph, Le Tigre pour Elise et un peu de The Rapture pour moi.
- de quoi à boire en masse (le Bottle Shop du coin a du voir ses profits minoter hier!), des shooters de jello multicolore à la vodka et le clou : le Super Melon d’Eau à la vodka (tout simple, tu fais un trou sur le dessus, plante la bouteille de vodka dedans et laisse imbiber pour la nuit! Si on avait un congélateur, c’aurait été encore meilleur…mais bon, on peut pas tout avoir!).
- de l’action : une bagarre au milieu du salon (et c’est Elise qui a sorti le bagarreur…hahaha…en rappant!) ce qui a amené la police (en réponse à la bagarre) ce qui a également déclenché une débandade pour trouver une cachette aux substances illicites (on a retrouvé du pot dans le lave-vaisselle ce matin); expulsion forcée de la salle de bain (ça a pris quatre personnes!) d’un couple un peu trop empressé; Boris, le gros koala de peluche, s’est encore une fois fait grimper dans un arbre; concours de mimes dans la ruelle et breakdance dans la cuisine…
ahh… pis ouains, pas mal de crasse aussi.
Sur ce, je me lève et je vais mopper.
Prenez soin de vous autres, moi je prends un bon bain avant de me coucher.
Photo? Photo?

Kevin, avec un t-shirt concept de Rhode Island Design School et ses gradues celebres: les membres de Talking Heads et Les Savy Fav par exemple, et Matt, un autre Rapper.

Les filles du college de Singapour que j'avais pas revu, a part Laura, depuis 3 ans. Alex en Rambo, Sam en...je-sais-pas-quoi, Amanda et Laura en rockstars....

Mercia et Sav, respectivement, en Romantic et Raunchy
dimanche 15 avril 2007
Une excursion au Prom
AVERTISSEMENT : C’en est un long celui-là : prenez votre temps!
« C’t’une fois deux filles… »
…uhm…non. Ça sonne trop comme une joke plate.
« Il était une fois deux jeunes femmes… »
Ouains… C’est un peu mieux… ça fait conte fantastique dans de contrées fort éloignées où vivent princes charmants et dragons…ça ressemble pas mal à l’histoire que j’ai envie de vous conter, à quelques détails près.
Mais avant : tranche de vie #1.
/On est jeudi le 12 avril. Je vous écris du Lygon Wash, encore une fois… je pense que la première fois, c’était un matin, vers 8h, et je regardais défiler les passants pressés et moins pressés, en buvant mon café. Là, on est 8h le soir, et mon thermos IKEA, c’est du Merlot qu’il y a dedans (ça aide pour les courbatures paraît-il). Quelques semaines ont passées depuis ma première expérience en buanderie (je suis rendue une pro!) et le Lygon Wash Laudrette que je trouvais si sympathique, avec ses posters de spectacles sur tous les murs et son odeur de savon frais, ne m’apparaît plus aussi agréable. Les posters ont été arrachés par un (nouveau?) proprio qui semble désormais bien peu soucieux de l’entretien de son local qui sent l’eau croupie. Quelques ex-utilisateurs en colère ont d’ailleurs mis sur papier leur façon de penser, laissant des notes agressives accrochées aux murs blanchâtres tachés.
« …and you should do something about that huge huntsman that hangs near the light (…) before you get some nasty lawsuits. But maybe that’s just the wake up call you need… » dit l’un d’eux…
Un coup d’œil au plafond confirme ses dires. Shit!
De mon oreille experte, j’entends que mes brassées amorcent leurs dernières cinq minutes de Spin… Ça me laisse juste assez de temps pour élaborer un stratagème d’évacuation pour contourner le néon du milieu et sa dangereuse locataire et atteindre la porte saine et sauve.
Mais ne vous en faites pas, au courant des derniers jours, j’ai accumulé une expérience considérable dans l’art de sauver ma peau des animaux et insectes féroces du continent océanien… scorpions, émeus, wombats, serpents, etc. C’est pas une araignée de deux pouces de long qui va me faire peur!
Quoique…/
Bon, de retour à ces deux jeunes femmes…
Les origines de l’idée derrière cette excursion sont nébuleuses : la recherche d’une alternative à un dispendieux voyage en Tasmanie pour ma semaine de vacances de Pâques, l’envie folle de se retrouver en pleine nature à écouter les oiseaux au lieu d’avaler ses Tylenols pour faire passer le mal de tête d’un lendemain de veille, l’agréable picotement dans mes mollets après une longue marche le long de la plage de St.-Kilda ou peut-être les recommandations du grand trompettiste roux dans ma classe (ouais, lui qui a une blonde)… toujours est-il qu’il fut décidé un mercredi après-midi qu’il serait bientôt temps de quitter le sombre sombre salon de notre sombre sombre maison pour aller prendre un peu de soleil en nature et faire craquer nos vieux os avant qu’ils ne se fossilisent.
Et c’est comme ça qu’après avoir mangé un gros brunch de Pâques bien gras, Elise et moi avons lancé nos sacs à dos sur la banquette arrière de sa Toyota Camry 85 et sommes parties en direction du parc national du Wilson’s Promontory à quelques heures au sud-est de Melbourne.
En tournant le coin de Warburton, j’allume la radio.
Quelques notes de guitare électrique, et la batterie qui embarque….eye, je connais ça, ça!
« Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhh! »
(quasi-accident #1)
« What? What? Q! WHAT IS IT? »
« It’s…Ah!…wow! …On the radio…It’s a band from back home… Tah! Wow! …Pa-pa pa-pa pa-la-pa-pa!!!! »
Les amis : Montréal –40 de Malajube sur les ondes de Triple J à Melbourne, Australie.
« Maaan, this is gonna be suuuch a great trip!!! Pa-pa pa-pa pa-la-pa-pa!!!»
« Yeah Q, if we survive it… » me lance Elise en reprenant son souffle.
Et l’Histoire nous prouva que nous avions toutes deux raison.
Mais on a bien failli ne jamais en revenir de cette aventure…
En fait, elle a passé proche de ne pas commencer quand je me suis rendue compte, après avoir packeté le sac emprunté au frère d’une amie pendant presque une heure, qu’il serait impossible de marcher avec ce truc sur le dos. Trop tard pour emprunter un sac à dos à quelqu’un d’autre et, vraiment, pas question que je parte en rando pour trois jours avec cet énorme masse informe à traîner. Merde… Je jette un coup d’œil à mes autres sacs… Mon petit sac courrier : non; Mon immense duffle à roulettes : non; Mon petit North Face jaune imperméable : humm, ça se transforme toujours en sac à dos, mais je peux pas vraiment marcher avec ça; Mon sac à dos de jour Rossignol : ben trop petit! …c’est quoi, un trente litres? Pis en plus, la bretelle est en train d’arracher!
« Eliiiiise…We got a problem… »
Assise au milieu de ma chambre, je repense à toute la journée d’hier qu’on a passé à courir aux quatre coins de la ville pour aller chercher le sac et acheter notre petit réchaud, au mal qu’on a eu à pour trouver une bonbonne pour aller avec (évidemment tous les magasins avaient épuisés leur stock!); je repense à cette méga épicerie que j’ai ramené sur mon épaule hier soir (en guise d’entraînement), à mon dimanche de Pâques que j’ai passé à faire des muffins et mettre des trucs dans des ziplocks, à l’excitation de ressortir ma tuque et mes combines… ahhhh… Je suis prête! J’ai hâte! Il est temps de partir! Mais il me manque la pièce d’équipement cruciale : le packsac!!!
Elise, appuyée dans le cadre de porte, me regarde, l’air aussi désespérée que moi…
« What are we gonna do? …I couldn’t get my Auntie’s backpack… All I have is this 15 $ backpack I bought to travel to Indo last year… »
Franchement, c’est trop con que notre voyage tombe à l’eau comme ça...
Merde. J’aurais donc dû apporter ton gros sac à dos jaune comme tu me l’avais offert, Paul!
Ok, Sarah, think, think, think…
Bon, ben j’ai peut-être pas avec moi le sac du paternel, mais j’ai du sang de Bélanger dans les veines…duck tape, tie-wrap, ziplocks, mousquetons, technique « rouler-corder » et un brin d’imagination…
Je dois me résigner à enlever le superflu (ok ok, on laisse faire la brosse à cheveux, la serviette, le deuxième t-shirt pis la petite crème hydratante) mais y a des trucs sur lesquels je ne fais pas de compromis : les flipflops me suivent.
Ça y est!
Je ressert la dernière courroie et nous voilà avec deux sacs qui renferment le nécessaire à notre survie (et bonheur…pas de compromis sur le p’tit boire du soir ni sur mes muffins poire-chocolat) pour les trois prochains jours. Ils sont lourds, mais au moins relativement fonctionnels. Le sac à 15$ d’Elise contient la tente, les sleepings et le linge, tandis que mon Rossignol « modifié » (c’est décidé, je me pars une émission de « Pimp mon Sac ») contient la bouffe et autres trucs pesants... ouf…vraiment pesants.
Bon! On est prêtes là?
Allez hop! dans la voiture. La clé dans le contact…
« oh! Wait!!! My shoes! » (duh! …mais je sais que je surprends personne…)
Une p’tite course…et de retour dans sur la voiture.
« Got everything? »
« …hum… yeah… I think so…actually NO! Wait!!!! »
Un autre sprint pour récupérer les piles du chargeur, histoire de pouvoir documenter visuellement nos péripéties.
« Ok, NOW I got everything!»
J’attache ma ceinture.
Elle démarre.
« Oh, shit! Elise, did we get the matches? »
Aie! Avant même d’être commencée, c’est déjà du sport cette randonnée!
Finalement le soleil a le temps de se coucher avant qu’on soit sorties des banlieues… faut dire que Melbourne est quand même une des villes qui ont les plus grandes étendues urbaines au monde (urban sprawl… j’arrive pas à trouver de meilleure traduction). On a plusieurs heures de route devant nous, mais avec The Waifs (from Western Australia, mate!) dans le piton et deux cannes de Red Bull dans le corps (la dépendance d’Elise à cette boisson est hautement contagieuse), pas de risque de s’endormir au volant.
Je retrouve mes instincts de co-pilote qui me rappellent ce célèbre road-trip dans l’Ouest à bord de la Doumobile (ah… quelle aventure! Quand est-ce qu’on remet ça?) sauf qu’ici, pas question de dépasser les limites de vitesse (genre pas de 140 entre les dix-roues comme en Saskatchewan). Elise est encore sur son permis temporaire (c’est trois ans ici) et les policiers australiens ne rient pas avec l’excès de vitesse. Apparemment, il y a des caméras installées sur presque toutes les routes, grandes comme petites, et elles photographient les contrevenants qui reçoivent ensuite leur amende par la poste. Un excès de 2km/h lui ferait perdre la moitié de ses points tandis qu’un excès de plus de 2km/h lui ferait perdre son permis au complet. Elise s’en tient donc à la loi… ce qui est d’ailleurs une sage décision car on n’y voit pas grand chose sur les petites routes sinueuses qu’on suivra durant les deux prochaines heures.
C’est dans le noir, quelque part entre Meeniyan et Fish Creek, que deux gros yeux jaunes apparaissent tout à coup en face de nous.
« AHHHHHHHHhhhhhhhhhhhhhh! »
(quasi-accident #2)
Coup de volant à droite, coup de volant à gauche…
Cette créature qui ressemble à un espèce de gros bébé ours y échappe de peu…
« Elise, what the hell was that? »
« A FFFF***ING WOMBAT! »
Tant pis pour ce suicidaire-là, mais, comme on le verra au courant des prochains kilomètres, plusieurs de ses amis ont eu plus de chance. Les sens en éveil et ma caméra sur mes genoux (la pancarte suivante indiquant des kangourous, des koalas, des émeus ET des wombats…wow! Pas les quatre en même temps, mais j’espère quand même en voir quelques-uns de proche), on roule encore une heure, une heure très très tendue (Dou, presqu’autant que la fois où on a dû traverser de nuit cette forêt du Montana grouillante de chevreuils! Mais cette fois-ci, au moins on avait assez de gaz…ahaha), avant d’arriver à destination.
Yanakie Beach, me dit ma carte dans le LP, est à quelques kilomètres de l’entrée du parc et semble idéale pour passer la nuit sans se faire déranger par des rangers ou policiers quelconques. Pensant s’y retrouver toutes seules, on a la surprise de découvrir que Yanakie est en fait une petite marina entourée de campings de motorisés…des campings d’ailleurs peuplés d’enfants pas encore couchés qui crient et qui courent autour de la voiture pendant qu’on essaie de se camoufler sous les sacs de couchage.
La fatigue l’emporte malgré tout sur la bruyante marmaille et c’est au son des vagues qu’on s’endort rapidement (vive les vacances!)…
Lendemain matin, 6 heures.
Toc-toc dans ma vitre
Des rires et des pas qui s’éloignent en courant.
Quoi, c’est déjà levé ces petits monstres là?!
Ouch! Je me déplie en craquant de partout.
Elise entrouvre les yeux et éclate de rire.
« What? »
Je jette un coup d’œil au rétroviseur… ok, c’est soit la coupe punk ou la marque de zipper qui me traverse la joue gauche… bref, prochain coup qu’un des gamins tannants se met le visage dans ma fenêtre je n’ai qu’à le regarder en montrant les dents et il ne devrait plus revenir…
Ok, priorité : café.
Ahhh, je peux déjà sentir l’odeur du Nescafé… avec un peu de lait en poudre…uhmm… j’ai hâte!
Je m’extirpe du véhicule et je sors le petit réchaud du coffre en pensant à la chance qu’on a de ne pas avoir oublié les allumettes…mes talents d’allumage en frottant deux bouts de bois ensemble sont plutôt limités, sans compter que ma dextérité n’est pas très aiguisée vers 6h le matin (en fait, y a pas grand chose de très aiguisé chez moi à cette heure du jour)… Et pendant que je m’installe en arrière de la voiture, j’ai une réalisation :
Chaudron???
Vlan! (ma main en plein front)
Pas de chaudron, évidemment.
« Eliiiiiise…I think we have a problem… »
Comme je viens de dire, y a pas grand chose d’aiguisé chez moi vers 6h du matin pré-café.
Assises dans la voiture, on essaie de trouver une solution à travers la brume de nos cerveaux endormis…pas facile…quinze minutes plus tard, on fixe encore le pare-brise sans rien dire. On est dimanche de Pâques, donc tout est fermé. Le village le plus proche est à une heure. Et il n’y a certainement pas de magasins d’équipement de camping là.
Elise pointe une famille qui déjeune à coté de sa tente-roulotte : « Let’s just buy a pot off these people. »
Au même moment, l’énorme père barbu ramène son fiston à l’ordre en hurlant.
« Ok…maybe not. »
« Look, let’s just go to the Parks Office and ask them what to do.»
Pour l’instant, cette solution fait l’affaire.

Une quarantaine de kilomètres plus loin, nous voilà au centre d’information du Prom (comme les Australiens l’appellent). L’officier au comptoir ne le sait peut-être pas, mais nous, on a des attentes…
Après avoir rempli les formulaires et pris les cartes et permis, je glisse la question fatidique comme si de rien n’était : « Alright. Thanks a lot...oh! and, by the way, would you know anywhere around here where we might be able to get…like… a small camping pot or a pan…or… »
« Well, there’s a camping equipment store right at the back of the building, you should have a look there. »
Aha! Sawah!
10 sur 10 pour la solution-miracle du matin, ranger.
(En fait, j’ajouterais peut-être même un point bonus parce qu’au magasin, il y avait non seulement une belle théière en métal (qui nous servira très bien de passoire pour les pâtes! Ici, ils appellent ça un Billy, du nom de leur thé de bush…Billy Tea), mais aussi une distributrice de café.)
Un peu de repacketage plus tard, c’est l’heure de l’épreuve du lever du sac à dos d’expédition… ce que le Warburton Team remporte haut la main avant de s’élancer pour vrai « on route 11 » (comme dirait Willie, notre cook au Kenya, se tapant les cuisses).
Destination : Refuge Cove. 16.6km.
Le périple débute par la traversée d’une forêt de troncs noircis par de grands incendies… Tranchant avec le vert profond de la repousse, les grands eucalyptus noirs se dressent tout autour des imposants rochers blancs.



Avec le soleil entre les branches qui ajoute au jeu de couleurs, c’est vraiment « eerie… » comme dit Elise, c’est le mot, un mot qui sonne tout à fait comme ce qu’il veut dire.
Les feux de forêts comme ceux qui ont fait de l’étrange végétation du Prom un de ses attraits sont normaux et même bénéfiques pour la régénération de la forêt. En fait, les graines de plusieurs de ses espèces ne sont libérées qu’à très haute température. Mais si les autorités du parc initient régulièrement des incendies forestiers, la sécheresse qui affecte la province (et tout le pays) depuis quelques années les rend beaucoup plus fréquents, dangereux et difficiles à contrôler. C’est d’ailleurs pourquoi on ne peut absolument pas allumer des feux de camp dans toute la région… tant pis pour les guimauves!
De la crête où on s’arrête pour un coup d’eau et une bonne poignée de « scrogan » (c’est la version australienne du gorp…des fruits séchés, des cachous et, pour de l’énergie agréable à brûler, des pépites de chocolat noir…hummm), on voit très bien la différence entre les régions affectées par les feux et celles qui ont été épargnées.
On quitte d’ailleurs la partie montagneuse, plus sèche, pour descendre dans un tout autre écosystème. Des fougères géantes, des lianes, les troncs couverts de mousse… c’est la jungle, humide, sombre, dense…sangsues en sus (Elise le découvrira à ses dépens en prenant une pause-pipi).
Arrivées au pied de la montagne, c’est un marécage qu’on traverse avant d’arriver à une belle grande plage où on s’arrêtera pour casser la croûte avant d’entamer le dernier tiers de notre itinéraire d’aujourd’hui.



…juste 6 km à faire, mais pas les moindres...



Longeant la cote, la magnifique vue sur l’océan nous accompagne jusqu’au camping mais ce n’est pas assez pour alléger ces foutus sac à dos qui commencent à sérieusement nous peser. Le soleil baisse en même temps que notre niveau d’énergie et les dernières montées viennent gruger ce qu’il en reste.
Elise cale la dernière gorgée d’eau…
« How much more do you reckon? »
« …well, according to the map, we should be there pretty soon. The camping is right down in that bay below us… »
Je fais l’optimiste mais je commence à avoir hâte d’arriver moi aussi et je dois faire un effort de concentration pour garder le contrôle de mes genoux mous durant la descente finale entre les rochers.
Mais quand on y arrive, enfin, le plaisir de retirer ce sac qui m’écrase les épaules et me broie les hanches me ramène un sourire aux lèvres.
Une fois la tente montée et les vêtements chauds enfilés, il est l’heure de tester ce Billy à la lueur de la frontale…ah! Et aussi ce vin à 12.37$ le deux litres. Surprise-surprise, c’est un rosé bien sucré (l’emballage n’en disait pas grand chose, mais j’avais pensé à un rouge corsé)… mais en fait, ça se trouve à être exactement ce dont on avait envie, et n’importe quel œnologue vous dirait que rien n’accompagne mieux un bon plat de nouilles au thon et à la crème de champignons. Dans un esprit de planification (ouais ouais), nous consommons assez de ce grand cru pour nous sauver quelques grammes le lendemain et nous endormir à la seconde même où notre tête touche le polar qui nous sert d’oreiller…
Zzzzz
Le lendemain matin, je me lève pour m’apercevoir que nos seuls voisins, un couple d’Australiens et leur fille ado, ont déjà repris la route. J’ai le temps de préparer café et gruau avant d’Elise émerge de la tente.
En dégustant notre déjeuner, on se regarde en riant… on pense toutes les deux à ces sacs et surtout à la journée d’aujourd’hui qui s’annonce tout un défi. Avec 7 km de plus que ce qu’on a fait hier, ça risque d’en être une longue et difficile.
Mais on est confiantes…
« Ready, mate? »
« Yep! Let’s go! »


Après deux heures de montée abrupte dans les rochers, cette confiance s’égraine.
Couchée en étoile sur une grande roche plate à la pointe d’un cap, je jette un coup d’œil à la carte et j’évalue la situation…
« Eliiiiiise….I think we have a problem… »
« Yeah, I know.» me répond-elle en tentant de reprendre son souffle.
« But I actually have a solution. How about… »
Et je lui présente mon plan B : au lieu de marcher pour au moins 6 heures supplémentaires pour se rendre au camping qu’on a réservé, y arriver presque à la tombée de la nuit, brûlées mortes, sans avoir apprécié la marche et le paysage, pourquoi on ne passerait pas la nuit dans ce petit camping qui est à environ une heure ou deux d’ici. On y arriverait à temps pour passer l’après-midi sur une plage déserte, se dorer la couenne et relaxer nos muscles endoloris avant de se faire un bon souper, de jouer une partie de cartes pour le dernier muffin et d’aller se coucher de bonne heure pour revenir le lendemain par un chemin différent qui semble un peu moins spectaculaire mais qui ne nous rallonge pas vraiment.
Pas vraiment besoin d’en rajouter… l’idée d’une saucette dans cette eau turquoise est suffisante.
« Deal. Now, pass me that scrogan. »


Une heure de marche dans les fougeres geantes plus tard, alors qu’on s’apprête à remettre les sac à dos qu’on avait déposés le temps d’une petite pause-hydratation …
Attaque-surprise des lois de la nature!!!
Un couteau me transperce le ventre… Ouuuuchh!!!! J’en perd le souffle, je ne peux plus bouger… ouuuuuch!!!!
…ah ben, ah ben, si c’est pas mon jour préféré du mois! Je m’y attendais, mais je m’attendais pas à ÇA!
Ouuuuchhh! Ouuuuuuch!
Elise ne comprend pas le flot de jurons québécois qui s’échappe de ma bouche mais elle me voit devenir un peu trop blanche et me plier en deux…
« Oh-oh..? »
Je peux pas vraiment parler, mais je lui fais signe que oui.
Elle me tend son bâton, l’air compatissant, et m’aide à remettre mon sac à dos.
« We’re almost there Q… you can do it. »
Heureusement, on n’était qu’à une (longue) demi-heure du camping.

Elise monte la tente pendant que je me tords de douleur dans un coin, puis me tend mon costume de bain.
« Let’s go swimming, it’ll make you feel better. »
L’idée de me lever et de mettre mon costume de bain semble un effort considérable (imaginez si on avait décidé de marcher jusqu'à l’autre camping…je serais bien morte en chemin!!!), mais je sais qu’Elise a raison… et je suis prête à faire un dernier effort si c’est pour me débarrasser de ces insupportables crampes.
Alors que je me traîne en direction des toilettes, je passe plusieurs groupes de campeurs déjà installés. On sera pas toutes seules ce soir… Oh! Merde! Et j’espère qu’il y aura de la place pour tout le monde… J’imagine déjà un scénario où des rangers inspectant le camping s’aperçoivent qu’on a pas d’affaire là. Mais là, je suis prête à témoigner, c’est pas un cas de paresse, c’est une urgence humanitaire : on peut pas aller plus loin aujourd’hui! La toilette est déjà assez loin comme ça…
Ouuuuch! Ouuuuchhhhhh! J’ai maaal.
Ta****ak!
Oups! Je pensais pas l’avoir dit à voix haute…
Mais, une minute, c’est pas moi qui a dit ça!!!
Je lève la tête et regarde autour de moi…
Immédiatement, je trouve l’origine de ce sacre.
Pas de doute, le gars à la petite casquette Patagonia qui vient de se faire mal en montant sa tente North Face est un Québécois. Ayoye, il est typique jusque dans le canif rouge posé sur le dessus de son pot de beurre de peanuts qu’il a probablement sorti en premier de son sac à dos. Comme si c’était pas assez évident, il porte les deux autres marques de commerce de l’amateur de plein-air bien de chez nous : le lifa bleu marin en dessous de son t-shirt gris et les shorts de canot dans lesquelles je suis sure qu’il va aller se baigner tantôt! Hahaha…
C’est niaiseux, mais de retrouver ce petit peu de chez nous en plein milieu de nulle part de l’autre coté de la planète, ça me réconforte et me donne l’énergie de me changer en vitesse avant de foncer vers cette eau turquoise qui promet de m’alléger de mes souffrances (j’ai l’air d’en mettre plus que le client en demande, mais je vous jure que c’était dans le très intense)…
Woooooooh-oh! Après deux-trois grandes enjambées, je réduis la vitesse : c’est pas parce que le sable est blanc et l’eau transparente que c’est chaud!!!! Cette eau là est plus style « Lac-Beauport-qui-vient-de-caler-au-mois-de-mai » que la mer des plages de Koh Samui à laquelle elle ressemble.
Mais en fait, c’est encore mieux comme ça… moins de cinq minutes après m’y être immergée, je sens l’eau glacée engourdir tout mon corps…haaaahhh…génial…plus de crampes… oh! et plus d’ampoules et plus d’épaules endolories non plus!!! Dans ma prochaine vie, je veux être un poisson!
Lunch sur la plage

Une fois bien séchées, on regagne le campement et on enfile des vêtements plus chauds sur nos corps tout propres (ou du moins, plus propres que ce midi!). Puis, on regagne les rochers pour un apéro à regarder les couleurs du soleil couchant embraser les montagnes autour de nous pendant que les derniers randonneurs descendent le sentier jusqu’au camping… Tah! moi qui pensait qu’on était mal et trop chargées, je regarde avec empathie ces quatre grands gars de 18-19 ans débarquer à la tombée de la nuit avec ce qui m’apparaît, dans la pénombre, être de grandes poches de hockey. Les pieds traînants, ils tentent, de peine et de misère, de monter leur tente.
Pleines de gratitude en sirotant notre rosé, Elise et moi on a la même pensée : « …that could have been us…but thank God it’s not!!!»
De retour à la tente, on met en branle la préparation du souper. Je lutte avec la canne de thon quand tout à coup, je remarque du coin de l’œil un mouvement entre les feuilles mortes et les branchailles à coté de mon pied. Craignant une de ces énormes fourmis rouges à la morsure douloureuse, je lève le pied et inspecte le sol avec ma frontale.
Ahhhhhhhhhhhh!
(Heureusement, cette fois-ci, Elise n’est pas au volant, mais elle en échappe quand même la gourde qu’elle tenait entre ses mains)
« WHAT? Q? WHATTT? »
Je pense que cette fois-ci, elle s’aperçoit que ce n’est pas de l’excitation, mais de la panique dans ma voix… Elle recule de deux mètres pendant que je saute sur la souche qui me sert de banc.
« IS IT A SNAAAAKKKEEEEE???? » (Elise a une peur bleue, plutôt justifiée, des serpents, mortels pour la plupart, qui peuplent cette région. Elle m’en parle sans arret depuis deux jours…)
« NO NO, NOT A SNAKE! A SCORPION!!!! »
« AHHHH! »
« AHHHHH! »
« WHEEEEREEEE? »
« THEEERE! THERE!!! »
Et je pointe du doigt le scorpion qui se balade à deux pouces du réchaud.
Ok, ok. Il est petit ce scorpion, mais quand même!!! Une araignée venimeuse non plus c’est pas ben ben gros. Mais ça tue! Pis de toutes façons, moi, c’est le facteur douleur qui m’inquiète…et d’après mes expériences avec les fourmis et les guêpes australiennes, ça n’a rien à voir avec la taille!
Pas facile de cuisiner des nouilles au thon en se maintenant en équilibre sur une bûche, mais qu’est-ce que quelques acrobaties pour sauver sa peau de ces mini-scorpions assoiffés de sang?
Une fois la poussière de psychose retombée et le fond de nos assiettes bien raclé, on descend prudemment de nos refuges surélevés et on se dirige vers la plage pour une petite marche nocturne. Puis, couchées sur le sable froid, on observe la Voie Lactée et les millions d’étoiles qui scintillent au-dessus de nous en philosophant sur notre incapacité à imaginer l’infini pas juste en haut de nous, mais partout autour... On a l’impression qu’on « tombe » dans l’espace, mais est-ce qu’on ne ferait pas plutôt qu’y flotter (ben en fait, on exploserait ou imploserait probablement…mais bon, ne pétons pas les bulles)? Et pis c’est fou de réaliser que ce spectacle-là est présenté dans le ciel à chaque nuit mais qu’on en manque la splendeur plus souvent qu’autrement à cause de notre obsession à tout éclairer.
Mais ce soir, pas besoin de lampadaires, de lanternes ou de néons, c’est Orion, tout coincé dans sa ceinture, qui nous montre le chemin de la tente.
COUPEZ! Ok, tranche de vie #2:
/On est dimanche le 15 avril, la dernière journée des vacances, déjà… Je suis assise au bout du comptoir à coté d’Elise qui est debout depuis 7 heures ce matin à travailler sur son essai. Sophie est déjà partie pour la bibliothèque et Josh lui, ben, je sais pas trop, il a passé les quatre derniers jours dans sa chambre à lire pour son travail de littérature pour lequel il compare un roman d’Isabel Allende à Jane Eyre. Bref, tout le monde s’est mis en mode « études » et je devrais sûrement faire de même.
Surtout que j’ai pas fait grand chose au courant de la semaine…ben en fait, j’en ai fait des affaires, genre le ménage complet de la cuisine, de la salle de bain, de ma chambre, le lavage, une croustade aux pommes, jaser au téléphone pendant deux heures et demie, écouter toute la première saison de Six Feet Under, écrire ce post interminable: vous l’aurez compris, n’importe quoi pour ne pas commencer mon travail sur le multiculturalisme dû jeudi.
Et ce matin…ah, il fait tellement beau ce matin… ça me donne envie d’aller chercher un croissant à la pâtisserie du coin et de revenir le manger dans le jardin, à coté de Boris (ce pauvre Boris s’est fait malmené au courant des derniers jours…hier matin, y a fallu que je le descende de l’arbre où il s’était fait grimper lors du party de la veille).
Et pis APRÈS, c’est juré, je m’y mets à ce travail…/
Après une nuit passée à me demander si cette tempête de vent va réussir à emporter notre tente, j’ai pas besoin de rétroviseur pour savoir que j’ai l’air plus que pokée. J’enlève ma tuque et j’essaie de faire disparaître la marque de zipper de mon menton avant d’enfiler mes souliers (bien secoués évidemment!) et d’aller remplir le Billy pour le café.
À la source, ‘Canada’ est en train de laver son bol (dans lequel il a mangé du gruau je te gage, en frottant avec du sable et du savon –biodégradable- qu’il a traîné dans sa petite bouteille Nalgene). Je suis pas tout à fait en état d’avoir une conversation brillante, mais je lui fais quand même un gros sourire et je lui dis « Salut! » …Il a failli en tomber à l’eau! Je pense pas qu’il s’attendait à du Québécois ce matin… « Euh…salut… » ‘Canada’ s’appelle Marc-André et c’est un Montréalais en voyage en Australie et en Nouvelle-Zélande (où il a vraiment trippé…ahh chauceux!) pour un mois.
« Comment t’as su que j’étais Québécois? »
« …uhm…je sais pas…le beurre de peanuts? »
Hahaha.
De retour au campement, je trouve Elise à moitié grimpée dans un arbre pour récupérer le haut de son costume de bain qu’on avait oublié hier soir sur la corde à linge.
« Hey, Elise, watch out for the snakes yeah? » que je lui lance en riant…
« Shut up Q! You won’t laugh when you bump into one of these deadly brown snakes! »





Mais c’est pas moi qui a eu la chance de tomber sur un de ces redoutables reptiles… Quelques heures de marche plus tard, alors qu’on traversait un boisé clairsemé…
« AHHHHHHHH!!!!! SNNNNNAAAAKEEEE!!!! »
En un éclair, Elise saute hors du sentier, me tirant avec elle par mon bras qui passe d’ailleurs proche d’être arraché. Elle vient de tomber face-à-face avec un serpent brun qui, heureusement pour nous, décide aussitôt de retourner dans les hautes herbes sèches d’où il est apparu.
En tentant de reprendre notre souffle, on éclate toutes deux d’un fou rire nerveux…
« ahahhahahhaaaaaa…hahahaa..haha…ha…LET’S GET THE HELL OUT OF HERE!!! »
À coup de bâton, on se fraye sans tarder un chemin hors de la broussaille pour tomber avec soulagement sur une longue plage déserte de sable brun, de l’autre còté de la péninsule. Selon ‘Canada’ qui a dormi ici, à Oberon Beach, avant-hier, l’eau y est plus chaude. Mais aujourd’hui, avec ce vent et ces gros nuages, on laisse faire la baignade et on se contente de s’asseoir au pied d’une dune et de manger quelques prunes en regardant les vagues avant d’entamer les derniers 8 km de notre journée.



Comparé à notre courte mais intense marche d’hier, celle d’aujourd’hui est doublement plus longue (17km au lieu de 8!), mais plus facile (surtout que je ne suis plus handicapée par ma féminité) alors qu’on longe la cote en passant par les plages, avec encore une fois de magnifique vues sur la mer, pour revenir à notre point de départ.
Faut dire que nos sacs à dos sont nettement moins pesants… quand je pense que tout ce poids, on l’a mangé! Et qu’on l’a ensuite brûlé en marchant… wow, quelle machine incroyable, le corps humain!
Enfin, vers 3 heures, on tourne le dernier cap et on entame la longue descente vers Norman Beach, au bout de laquelle se trouve le stationnement, traversant les étranges vestiges noirs et blancs d’une autre forêt détruite par les feux.

Le soleil est au rendez-vous pour nous accueillir chaudement et nous donner l’envie d’aller jouer un peu dans les vagues, pour une dernière fois.



Ce qu’on fera avant de finalement regagner la voiture après une excursion de trois jours, deux nuits et 42km dans la nature du Prom.
En jetant les sacs dans le coffre, je réalise qu’on les a peut-être délesté de plusieurs kilos au cours de cette aventure, mais on y a gagné pas mal plus, pas juste en ampoules et en courbatures, mais en souvenirs et en anecdotes pour sustenter nos copains… la preuve, je viens d’en remplir une huitième page…sur laquelle je pense vous laisser…jusqu’au prochain épisodes des palpitantes aventures de Sar aux Antipodes (même Bat-heure, même Bat-poste).
Prenez soin de vous autres! xxxx
« C’t’une fois deux filles… »
…uhm…non. Ça sonne trop comme une joke plate.
« Il était une fois deux jeunes femmes… »
Ouains… C’est un peu mieux… ça fait conte fantastique dans de contrées fort éloignées où vivent princes charmants et dragons…ça ressemble pas mal à l’histoire que j’ai envie de vous conter, à quelques détails près.
Mais avant : tranche de vie #1.
/On est jeudi le 12 avril. Je vous écris du Lygon Wash, encore une fois… je pense que la première fois, c’était un matin, vers 8h, et je regardais défiler les passants pressés et moins pressés, en buvant mon café. Là, on est 8h le soir, et mon thermos IKEA, c’est du Merlot qu’il y a dedans (ça aide pour les courbatures paraît-il). Quelques semaines ont passées depuis ma première expérience en buanderie (je suis rendue une pro!) et le Lygon Wash Laudrette que je trouvais si sympathique, avec ses posters de spectacles sur tous les murs et son odeur de savon frais, ne m’apparaît plus aussi agréable. Les posters ont été arrachés par un (nouveau?) proprio qui semble désormais bien peu soucieux de l’entretien de son local qui sent l’eau croupie. Quelques ex-utilisateurs en colère ont d’ailleurs mis sur papier leur façon de penser, laissant des notes agressives accrochées aux murs blanchâtres tachés.
« …and you should do something about that huge huntsman that hangs near the light (…) before you get some nasty lawsuits. But maybe that’s just the wake up call you need… » dit l’un d’eux…
Un coup d’œil au plafond confirme ses dires. Shit!
De mon oreille experte, j’entends que mes brassées amorcent leurs dernières cinq minutes de Spin… Ça me laisse juste assez de temps pour élaborer un stratagème d’évacuation pour contourner le néon du milieu et sa dangereuse locataire et atteindre la porte saine et sauve.
Mais ne vous en faites pas, au courant des derniers jours, j’ai accumulé une expérience considérable dans l’art de sauver ma peau des animaux et insectes féroces du continent océanien… scorpions, émeus, wombats, serpents, etc. C’est pas une araignée de deux pouces de long qui va me faire peur!
Quoique…/
Bon, de retour à ces deux jeunes femmes…
Les origines de l’idée derrière cette excursion sont nébuleuses : la recherche d’une alternative à un dispendieux voyage en Tasmanie pour ma semaine de vacances de Pâques, l’envie folle de se retrouver en pleine nature à écouter les oiseaux au lieu d’avaler ses Tylenols pour faire passer le mal de tête d’un lendemain de veille, l’agréable picotement dans mes mollets après une longue marche le long de la plage de St.-Kilda ou peut-être les recommandations du grand trompettiste roux dans ma classe (ouais, lui qui a une blonde)… toujours est-il qu’il fut décidé un mercredi après-midi qu’il serait bientôt temps de quitter le sombre sombre salon de notre sombre sombre maison pour aller prendre un peu de soleil en nature et faire craquer nos vieux os avant qu’ils ne se fossilisent.
Et c’est comme ça qu’après avoir mangé un gros brunch de Pâques bien gras, Elise et moi avons lancé nos sacs à dos sur la banquette arrière de sa Toyota Camry 85 et sommes parties en direction du parc national du Wilson’s Promontory à quelques heures au sud-est de Melbourne.
En tournant le coin de Warburton, j’allume la radio.
Quelques notes de guitare électrique, et la batterie qui embarque….eye, je connais ça, ça!
« Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhh! »
(quasi-accident #1)
« What? What? Q! WHAT IS IT? »
« It’s…Ah!…wow! …On the radio…It’s a band from back home… Tah! Wow! …Pa-pa pa-pa pa-la-pa-pa!!!! »
Les amis : Montréal –40 de Malajube sur les ondes de Triple J à Melbourne, Australie.
« Maaan, this is gonna be suuuch a great trip!!! Pa-pa pa-pa pa-la-pa-pa!!!»
« Yeah Q, if we survive it… » me lance Elise en reprenant son souffle.
Et l’Histoire nous prouva que nous avions toutes deux raison.
Mais on a bien failli ne jamais en revenir de cette aventure…
En fait, elle a passé proche de ne pas commencer quand je me suis rendue compte, après avoir packeté le sac emprunté au frère d’une amie pendant presque une heure, qu’il serait impossible de marcher avec ce truc sur le dos. Trop tard pour emprunter un sac à dos à quelqu’un d’autre et, vraiment, pas question que je parte en rando pour trois jours avec cet énorme masse informe à traîner. Merde… Je jette un coup d’œil à mes autres sacs… Mon petit sac courrier : non; Mon immense duffle à roulettes : non; Mon petit North Face jaune imperméable : humm, ça se transforme toujours en sac à dos, mais je peux pas vraiment marcher avec ça; Mon sac à dos de jour Rossignol : ben trop petit! …c’est quoi, un trente litres? Pis en plus, la bretelle est en train d’arracher!
« Eliiiiise…We got a problem… »
Assise au milieu de ma chambre, je repense à toute la journée d’hier qu’on a passé à courir aux quatre coins de la ville pour aller chercher le sac et acheter notre petit réchaud, au mal qu’on a eu à pour trouver une bonbonne pour aller avec (évidemment tous les magasins avaient épuisés leur stock!); je repense à cette méga épicerie que j’ai ramené sur mon épaule hier soir (en guise d’entraînement), à mon dimanche de Pâques que j’ai passé à faire des muffins et mettre des trucs dans des ziplocks, à l’excitation de ressortir ma tuque et mes combines… ahhhh… Je suis prête! J’ai hâte! Il est temps de partir! Mais il me manque la pièce d’équipement cruciale : le packsac!!!
Elise, appuyée dans le cadre de porte, me regarde, l’air aussi désespérée que moi…
« What are we gonna do? …I couldn’t get my Auntie’s backpack… All I have is this 15 $ backpack I bought to travel to Indo last year… »
Franchement, c’est trop con que notre voyage tombe à l’eau comme ça...
Merde. J’aurais donc dû apporter ton gros sac à dos jaune comme tu me l’avais offert, Paul!
Ok, Sarah, think, think, think…
Bon, ben j’ai peut-être pas avec moi le sac du paternel, mais j’ai du sang de Bélanger dans les veines…duck tape, tie-wrap, ziplocks, mousquetons, technique « rouler-corder » et un brin d’imagination…
Je dois me résigner à enlever le superflu (ok ok, on laisse faire la brosse à cheveux, la serviette, le deuxième t-shirt pis la petite crème hydratante) mais y a des trucs sur lesquels je ne fais pas de compromis : les flipflops me suivent.
Ça y est!
Je ressert la dernière courroie et nous voilà avec deux sacs qui renferment le nécessaire à notre survie (et bonheur…pas de compromis sur le p’tit boire du soir ni sur mes muffins poire-chocolat) pour les trois prochains jours. Ils sont lourds, mais au moins relativement fonctionnels. Le sac à 15$ d’Elise contient la tente, les sleepings et le linge, tandis que mon Rossignol « modifié » (c’est décidé, je me pars une émission de « Pimp mon Sac ») contient la bouffe et autres trucs pesants... ouf…vraiment pesants.
Bon! On est prêtes là?
Allez hop! dans la voiture. La clé dans le contact…
« oh! Wait!!! My shoes! » (duh! …mais je sais que je surprends personne…)
Une p’tite course…et de retour dans sur la voiture.
« Got everything? »
« …hum… yeah… I think so…actually NO! Wait!!!! »
Un autre sprint pour récupérer les piles du chargeur, histoire de pouvoir documenter visuellement nos péripéties.
« Ok, NOW I got everything!»
J’attache ma ceinture.
Elle démarre.
« Oh, shit! Elise, did we get the matches? »
Aie! Avant même d’être commencée, c’est déjà du sport cette randonnée!
Finalement le soleil a le temps de se coucher avant qu’on soit sorties des banlieues… faut dire que Melbourne est quand même une des villes qui ont les plus grandes étendues urbaines au monde (urban sprawl… j’arrive pas à trouver de meilleure traduction). On a plusieurs heures de route devant nous, mais avec The Waifs (from Western Australia, mate!) dans le piton et deux cannes de Red Bull dans le corps (la dépendance d’Elise à cette boisson est hautement contagieuse), pas de risque de s’endormir au volant.
Je retrouve mes instincts de co-pilote qui me rappellent ce célèbre road-trip dans l’Ouest à bord de la Doumobile (ah… quelle aventure! Quand est-ce qu’on remet ça?) sauf qu’ici, pas question de dépasser les limites de vitesse (genre pas de 140 entre les dix-roues comme en Saskatchewan). Elise est encore sur son permis temporaire (c’est trois ans ici) et les policiers australiens ne rient pas avec l’excès de vitesse. Apparemment, il y a des caméras installées sur presque toutes les routes, grandes comme petites, et elles photographient les contrevenants qui reçoivent ensuite leur amende par la poste. Un excès de 2km/h lui ferait perdre la moitié de ses points tandis qu’un excès de plus de 2km/h lui ferait perdre son permis au complet. Elise s’en tient donc à la loi… ce qui est d’ailleurs une sage décision car on n’y voit pas grand chose sur les petites routes sinueuses qu’on suivra durant les deux prochaines heures.
C’est dans le noir, quelque part entre Meeniyan et Fish Creek, que deux gros yeux jaunes apparaissent tout à coup en face de nous.
« AHHHHHHHHhhhhhhhhhhhhhh! »
(quasi-accident #2)
Coup de volant à droite, coup de volant à gauche…
Cette créature qui ressemble à un espèce de gros bébé ours y échappe de peu…
« Elise, what the hell was that? »
« A FFFF***ING WOMBAT! »
Tant pis pour ce suicidaire-là, mais, comme on le verra au courant des prochains kilomètres, plusieurs de ses amis ont eu plus de chance. Les sens en éveil et ma caméra sur mes genoux (la pancarte suivante indiquant des kangourous, des koalas, des émeus ET des wombats…wow! Pas les quatre en même temps, mais j’espère quand même en voir quelques-uns de proche), on roule encore une heure, une heure très très tendue (Dou, presqu’autant que la fois où on a dû traverser de nuit cette forêt du Montana grouillante de chevreuils! Mais cette fois-ci, au moins on avait assez de gaz…ahaha), avant d’arriver à destination.
Yanakie Beach, me dit ma carte dans le LP, est à quelques kilomètres de l’entrée du parc et semble idéale pour passer la nuit sans se faire déranger par des rangers ou policiers quelconques. Pensant s’y retrouver toutes seules, on a la surprise de découvrir que Yanakie est en fait une petite marina entourée de campings de motorisés…des campings d’ailleurs peuplés d’enfants pas encore couchés qui crient et qui courent autour de la voiture pendant qu’on essaie de se camoufler sous les sacs de couchage.
La fatigue l’emporte malgré tout sur la bruyante marmaille et c’est au son des vagues qu’on s’endort rapidement (vive les vacances!)…
Lendemain matin, 6 heures.
Toc-toc dans ma vitre
Des rires et des pas qui s’éloignent en courant.
Quoi, c’est déjà levé ces petits monstres là?!
Ouch! Je me déplie en craquant de partout.
Elise entrouvre les yeux et éclate de rire.
« What? »
Je jette un coup d’œil au rétroviseur… ok, c’est soit la coupe punk ou la marque de zipper qui me traverse la joue gauche… bref, prochain coup qu’un des gamins tannants se met le visage dans ma fenêtre je n’ai qu’à le regarder en montrant les dents et il ne devrait plus revenir…
Ok, priorité : café.
Ahhh, je peux déjà sentir l’odeur du Nescafé… avec un peu de lait en poudre…uhmm… j’ai hâte!
Je m’extirpe du véhicule et je sors le petit réchaud du coffre en pensant à la chance qu’on a de ne pas avoir oublié les allumettes…mes talents d’allumage en frottant deux bouts de bois ensemble sont plutôt limités, sans compter que ma dextérité n’est pas très aiguisée vers 6h le matin (en fait, y a pas grand chose de très aiguisé chez moi à cette heure du jour)… Et pendant que je m’installe en arrière de la voiture, j’ai une réalisation :
Chaudron???
Vlan! (ma main en plein front)
Pas de chaudron, évidemment.
« Eliiiiiise…I think we have a problem… »
Comme je viens de dire, y a pas grand chose d’aiguisé chez moi vers 6h du matin pré-café.
Assises dans la voiture, on essaie de trouver une solution à travers la brume de nos cerveaux endormis…pas facile…quinze minutes plus tard, on fixe encore le pare-brise sans rien dire. On est dimanche de Pâques, donc tout est fermé. Le village le plus proche est à une heure. Et il n’y a certainement pas de magasins d’équipement de camping là.
Elise pointe une famille qui déjeune à coté de sa tente-roulotte : « Let’s just buy a pot off these people. »
Au même moment, l’énorme père barbu ramène son fiston à l’ordre en hurlant.
« Ok…maybe not. »
« Look, let’s just go to the Parks Office and ask them what to do.»
Pour l’instant, cette solution fait l’affaire.

Une quarantaine de kilomètres plus loin, nous voilà au centre d’information du Prom (comme les Australiens l’appellent). L’officier au comptoir ne le sait peut-être pas, mais nous, on a des attentes…
Après avoir rempli les formulaires et pris les cartes et permis, je glisse la question fatidique comme si de rien n’était : « Alright. Thanks a lot...oh! and, by the way, would you know anywhere around here where we might be able to get…like… a small camping pot or a pan…or… »
« Well, there’s a camping equipment store right at the back of the building, you should have a look there. »
Aha! Sawah!
10 sur 10 pour la solution-miracle du matin, ranger.
(En fait, j’ajouterais peut-être même un point bonus parce qu’au magasin, il y avait non seulement une belle théière en métal (qui nous servira très bien de passoire pour les pâtes! Ici, ils appellent ça un Billy, du nom de leur thé de bush…Billy Tea), mais aussi une distributrice de café.)
Un peu de repacketage plus tard, c’est l’heure de l’épreuve du lever du sac à dos d’expédition… ce que le Warburton Team remporte haut la main avant de s’élancer pour vrai « on route 11 » (comme dirait Willie, notre cook au Kenya, se tapant les cuisses).
Destination : Refuge Cove. 16.6km.
Le périple débute par la traversée d’une forêt de troncs noircis par de grands incendies… Tranchant avec le vert profond de la repousse, les grands eucalyptus noirs se dressent tout autour des imposants rochers blancs.



Avec le soleil entre les branches qui ajoute au jeu de couleurs, c’est vraiment « eerie… » comme dit Elise, c’est le mot, un mot qui sonne tout à fait comme ce qu’il veut dire.
Les feux de forêts comme ceux qui ont fait de l’étrange végétation du Prom un de ses attraits sont normaux et même bénéfiques pour la régénération de la forêt. En fait, les graines de plusieurs de ses espèces ne sont libérées qu’à très haute température. Mais si les autorités du parc initient régulièrement des incendies forestiers, la sécheresse qui affecte la province (et tout le pays) depuis quelques années les rend beaucoup plus fréquents, dangereux et difficiles à contrôler. C’est d’ailleurs pourquoi on ne peut absolument pas allumer des feux de camp dans toute la région… tant pis pour les guimauves!
De la crête où on s’arrête pour un coup d’eau et une bonne poignée de « scrogan » (c’est la version australienne du gorp…des fruits séchés, des cachous et, pour de l’énergie agréable à brûler, des pépites de chocolat noir…hummm), on voit très bien la différence entre les régions affectées par les feux et celles qui ont été épargnées.
On quitte d’ailleurs la partie montagneuse, plus sèche, pour descendre dans un tout autre écosystème. Des fougères géantes, des lianes, les troncs couverts de mousse… c’est la jungle, humide, sombre, dense…sangsues en sus (Elise le découvrira à ses dépens en prenant une pause-pipi).
Arrivées au pied de la montagne, c’est un marécage qu’on traverse avant d’arriver à une belle grande plage où on s’arrêtera pour casser la croûte avant d’entamer le dernier tiers de notre itinéraire d’aujourd’hui.


…juste 6 km à faire, mais pas les moindres...
Longeant la cote, la magnifique vue sur l’océan nous accompagne jusqu’au camping mais ce n’est pas assez pour alléger ces foutus sac à dos qui commencent à sérieusement nous peser. Le soleil baisse en même temps que notre niveau d’énergie et les dernières montées viennent gruger ce qu’il en reste.
Elise cale la dernière gorgée d’eau…
« How much more do you reckon? »
« …well, according to the map, we should be there pretty soon. The camping is right down in that bay below us… »
Je fais l’optimiste mais je commence à avoir hâte d’arriver moi aussi et je dois faire un effort de concentration pour garder le contrôle de mes genoux mous durant la descente finale entre les rochers.
Mais quand on y arrive, enfin, le plaisir de retirer ce sac qui m’écrase les épaules et me broie les hanches me ramène un sourire aux lèvres.
Une fois la tente montée et les vêtements chauds enfilés, il est l’heure de tester ce Billy à la lueur de la frontale…ah! Et aussi ce vin à 12.37$ le deux litres. Surprise-surprise, c’est un rosé bien sucré (l’emballage n’en disait pas grand chose, mais j’avais pensé à un rouge corsé)… mais en fait, ça se trouve à être exactement ce dont on avait envie, et n’importe quel œnologue vous dirait que rien n’accompagne mieux un bon plat de nouilles au thon et à la crème de champignons. Dans un esprit de planification (ouais ouais), nous consommons assez de ce grand cru pour nous sauver quelques grammes le lendemain et nous endormir à la seconde même où notre tête touche le polar qui nous sert d’oreiller…
Zzzzz
Le lendemain matin, je me lève pour m’apercevoir que nos seuls voisins, un couple d’Australiens et leur fille ado, ont déjà repris la route. J’ai le temps de préparer café et gruau avant d’Elise émerge de la tente.
Mais on est confiantes…
« Ready, mate? »
« Yep! Let’s go! »
Après deux heures de montée abrupte dans les rochers, cette confiance s’égraine.
Couchée en étoile sur une grande roche plate à la pointe d’un cap, je jette un coup d’œil à la carte et j’évalue la situation…
« Eliiiiiise….I think we have a problem… »
« Yeah, I know.» me répond-elle en tentant de reprendre son souffle.
« But I actually have a solution. How about… »
Et je lui présente mon plan B : au lieu de marcher pour au moins 6 heures supplémentaires pour se rendre au camping qu’on a réservé, y arriver presque à la tombée de la nuit, brûlées mortes, sans avoir apprécié la marche et le paysage, pourquoi on ne passerait pas la nuit dans ce petit camping qui est à environ une heure ou deux d’ici. On y arriverait à temps pour passer l’après-midi sur une plage déserte, se dorer la couenne et relaxer nos muscles endoloris avant de se faire un bon souper, de jouer une partie de cartes pour le dernier muffin et d’aller se coucher de bonne heure pour revenir le lendemain par un chemin différent qui semble un peu moins spectaculaire mais qui ne nous rallonge pas vraiment.
Pas vraiment besoin d’en rajouter… l’idée d’une saucette dans cette eau turquoise est suffisante.
« Deal. Now, pass me that scrogan. »

Une heure de marche dans les fougeres geantes plus tard, alors qu’on s’apprête à remettre les sac à dos qu’on avait déposés le temps d’une petite pause-hydratation …
Attaque-surprise des lois de la nature!!!
Un couteau me transperce le ventre… Ouuuuchh!!!! J’en perd le souffle, je ne peux plus bouger… ouuuuuch!!!!
…ah ben, ah ben, si c’est pas mon jour préféré du mois! Je m’y attendais, mais je m’attendais pas à ÇA!
Ouuuuchhh! Ouuuuuuch!
Elise ne comprend pas le flot de jurons québécois qui s’échappe de ma bouche mais elle me voit devenir un peu trop blanche et me plier en deux…
« Oh-oh..? »
Je peux pas vraiment parler, mais je lui fais signe que oui.
Elle me tend son bâton, l’air compatissant, et m’aide à remettre mon sac à dos.
« We’re almost there Q… you can do it. »
Heureusement, on n’était qu’à une (longue) demi-heure du camping.

Elise monte la tente pendant que je me tords de douleur dans un coin, puis me tend mon costume de bain.
« Let’s go swimming, it’ll make you feel better. »
L’idée de me lever et de mettre mon costume de bain semble un effort considérable (imaginez si on avait décidé de marcher jusqu'à l’autre camping…je serais bien morte en chemin!!!), mais je sais qu’Elise a raison… et je suis prête à faire un dernier effort si c’est pour me débarrasser de ces insupportables crampes.
Alors que je me traîne en direction des toilettes, je passe plusieurs groupes de campeurs déjà installés. On sera pas toutes seules ce soir… Oh! Merde! Et j’espère qu’il y aura de la place pour tout le monde… J’imagine déjà un scénario où des rangers inspectant le camping s’aperçoivent qu’on a pas d’affaire là. Mais là, je suis prête à témoigner, c’est pas un cas de paresse, c’est une urgence humanitaire : on peut pas aller plus loin aujourd’hui! La toilette est déjà assez loin comme ça…
Ouuuuch! Ouuuuchhhhhh! J’ai maaal.
Ta****ak!
Oups! Je pensais pas l’avoir dit à voix haute…
Mais, une minute, c’est pas moi qui a dit ça!!!
Je lève la tête et regarde autour de moi…
Immédiatement, je trouve l’origine de ce sacre.
Pas de doute, le gars à la petite casquette Patagonia qui vient de se faire mal en montant sa tente North Face est un Québécois. Ayoye, il est typique jusque dans le canif rouge posé sur le dessus de son pot de beurre de peanuts qu’il a probablement sorti en premier de son sac à dos. Comme si c’était pas assez évident, il porte les deux autres marques de commerce de l’amateur de plein-air bien de chez nous : le lifa bleu marin en dessous de son t-shirt gris et les shorts de canot dans lesquelles je suis sure qu’il va aller se baigner tantôt! Hahaha…
C’est niaiseux, mais de retrouver ce petit peu de chez nous en plein milieu de nulle part de l’autre coté de la planète, ça me réconforte et me donne l’énergie de me changer en vitesse avant de foncer vers cette eau turquoise qui promet de m’alléger de mes souffrances (j’ai l’air d’en mettre plus que le client en demande, mais je vous jure que c’était dans le très intense)…
Woooooooh-oh! Après deux-trois grandes enjambées, je réduis la vitesse : c’est pas parce que le sable est blanc et l’eau transparente que c’est chaud!!!! Cette eau là est plus style « Lac-Beauport-qui-vient-de-caler-au-mois-de-mai » que la mer des plages de Koh Samui à laquelle elle ressemble.
Mais en fait, c’est encore mieux comme ça… moins de cinq minutes après m’y être immergée, je sens l’eau glacée engourdir tout mon corps…haaaahhh…génial…plus de crampes… oh! et plus d’ampoules et plus d’épaules endolories non plus!!! Dans ma prochaine vie, je veux être un poisson!
Une heure de pataugeage dans les vagues plus tard, on s’installe sur un gros rocher pour se faire sécher et manger un peu. Inspirée par mon compatriote qu’Elise a affectueusement surnommé ‘Canada’ (« Look, there’s Canada taking pictures of the birds over there… »), je me mets à la production de sandwichs au beurre de peanuts. Pas le genre de bouffe que je me voyais déguster sur une plage paradisiaque, mais ça fait amplement la job... Un thermos de thé à la menthe qu’Elise a préparé et quelques dattes bien sucrées avec ça et on a un snack royal!
Une fois bien séchées, on regagne le campement et on enfile des vêtements plus chauds sur nos corps tout propres (ou du moins, plus propres que ce midi!). Puis, on regagne les rochers pour un apéro à regarder les couleurs du soleil couchant embraser les montagnes autour de nous pendant que les derniers randonneurs descendent le sentier jusqu’au camping… Tah! moi qui pensait qu’on était mal et trop chargées, je regarde avec empathie ces quatre grands gars de 18-19 ans débarquer à la tombée de la nuit avec ce qui m’apparaît, dans la pénombre, être de grandes poches de hockey. Les pieds traînants, ils tentent, de peine et de misère, de monter leur tente.
Pleines de gratitude en sirotant notre rosé, Elise et moi on a la même pensée : « …that could have been us…but thank God it’s not!!!»
De retour à la tente, on met en branle la préparation du souper. Je lutte avec la canne de thon quand tout à coup, je remarque du coin de l’œil un mouvement entre les feuilles mortes et les branchailles à coté de mon pied. Craignant une de ces énormes fourmis rouges à la morsure douloureuse, je lève le pied et inspecte le sol avec ma frontale.
Ahhhhhhhhhhhh!
(Heureusement, cette fois-ci, Elise n’est pas au volant, mais elle en échappe quand même la gourde qu’elle tenait entre ses mains)
« WHAT? Q? WHATTT? »
Je pense que cette fois-ci, elle s’aperçoit que ce n’est pas de l’excitation, mais de la panique dans ma voix… Elle recule de deux mètres pendant que je saute sur la souche qui me sert de banc.
« IS IT A SNAAAAKKKEEEEE???? » (Elise a une peur bleue, plutôt justifiée, des serpents, mortels pour la plupart, qui peuplent cette région. Elle m’en parle sans arret depuis deux jours…)
« NO NO, NOT A SNAKE! A SCORPION!!!! »
« AHHHH! »
« AHHHHH! »
« WHEEEEREEEE? »
« THEEERE! THERE!!! »
Et je pointe du doigt le scorpion qui se balade à deux pouces du réchaud.
Ok, ok. Il est petit ce scorpion, mais quand même!!! Une araignée venimeuse non plus c’est pas ben ben gros. Mais ça tue! Pis de toutes façons, moi, c’est le facteur douleur qui m’inquiète…et d’après mes expériences avec les fourmis et les guêpes australiennes, ça n’a rien à voir avec la taille!
Pas facile de cuisiner des nouilles au thon en se maintenant en équilibre sur une bûche, mais qu’est-ce que quelques acrobaties pour sauver sa peau de ces mini-scorpions assoiffés de sang?
Une fois la poussière de psychose retombée et le fond de nos assiettes bien raclé, on descend prudemment de nos refuges surélevés et on se dirige vers la plage pour une petite marche nocturne. Puis, couchées sur le sable froid, on observe la Voie Lactée et les millions d’étoiles qui scintillent au-dessus de nous en philosophant sur notre incapacité à imaginer l’infini pas juste en haut de nous, mais partout autour... On a l’impression qu’on « tombe » dans l’espace, mais est-ce qu’on ne ferait pas plutôt qu’y flotter (ben en fait, on exploserait ou imploserait probablement…mais bon, ne pétons pas les bulles)? Et pis c’est fou de réaliser que ce spectacle-là est présenté dans le ciel à chaque nuit mais qu’on en manque la splendeur plus souvent qu’autrement à cause de notre obsession à tout éclairer.
Mais ce soir, pas besoin de lampadaires, de lanternes ou de néons, c’est Orion, tout coincé dans sa ceinture, qui nous montre le chemin de la tente.
COUPEZ! Ok, tranche de vie #2:
/On est dimanche le 15 avril, la dernière journée des vacances, déjà… Je suis assise au bout du comptoir à coté d’Elise qui est debout depuis 7 heures ce matin à travailler sur son essai. Sophie est déjà partie pour la bibliothèque et Josh lui, ben, je sais pas trop, il a passé les quatre derniers jours dans sa chambre à lire pour son travail de littérature pour lequel il compare un roman d’Isabel Allende à Jane Eyre. Bref, tout le monde s’est mis en mode « études » et je devrais sûrement faire de même.
Surtout que j’ai pas fait grand chose au courant de la semaine…ben en fait, j’en ai fait des affaires, genre le ménage complet de la cuisine, de la salle de bain, de ma chambre, le lavage, une croustade aux pommes, jaser au téléphone pendant deux heures et demie, écouter toute la première saison de Six Feet Under, écrire ce post interminable: vous l’aurez compris, n’importe quoi pour ne pas commencer mon travail sur le multiculturalisme dû jeudi.
Et ce matin…ah, il fait tellement beau ce matin… ça me donne envie d’aller chercher un croissant à la pâtisserie du coin et de revenir le manger dans le jardin, à coté de Boris (ce pauvre Boris s’est fait malmené au courant des derniers jours…hier matin, y a fallu que je le descende de l’arbre où il s’était fait grimper lors du party de la veille).
Et pis APRÈS, c’est juré, je m’y mets à ce travail…/
Après une nuit passée à me demander si cette tempête de vent va réussir à emporter notre tente, j’ai pas besoin de rétroviseur pour savoir que j’ai l’air plus que pokée. J’enlève ma tuque et j’essaie de faire disparaître la marque de zipper de mon menton avant d’enfiler mes souliers (bien secoués évidemment!) et d’aller remplir le Billy pour le café.
À la source, ‘Canada’ est en train de laver son bol (dans lequel il a mangé du gruau je te gage, en frottant avec du sable et du savon –biodégradable- qu’il a traîné dans sa petite bouteille Nalgene). Je suis pas tout à fait en état d’avoir une conversation brillante, mais je lui fais quand même un gros sourire et je lui dis « Salut! » …Il a failli en tomber à l’eau! Je pense pas qu’il s’attendait à du Québécois ce matin… « Euh…salut… » ‘Canada’ s’appelle Marc-André et c’est un Montréalais en voyage en Australie et en Nouvelle-Zélande (où il a vraiment trippé…ahh chauceux!) pour un mois.
« Comment t’as su que j’étais Québécois? »
« …uhm…je sais pas…le beurre de peanuts? »
Hahaha.
De retour au campement, je trouve Elise à moitié grimpée dans un arbre pour récupérer le haut de son costume de bain qu’on avait oublié hier soir sur la corde à linge.
« Hey, Elise, watch out for the snakes yeah? » que je lui lance en riant…
« Shut up Q! You won’t laugh when you bump into one of these deadly brown snakes! »



Mais c’est pas moi qui a eu la chance de tomber sur un de ces redoutables reptiles… Quelques heures de marche plus tard, alors qu’on traversait un boisé clairsemé…
« AHHHHHHHH!!!!! SNNNNNAAAAKEEEE!!!! »
En un éclair, Elise saute hors du sentier, me tirant avec elle par mon bras qui passe d’ailleurs proche d’être arraché. Elle vient de tomber face-à-face avec un serpent brun qui, heureusement pour nous, décide aussitôt de retourner dans les hautes herbes sèches d’où il est apparu.
En tentant de reprendre notre souffle, on éclate toutes deux d’un fou rire nerveux…
« ahahhahahhaaaaaa…hahahaa..haha…ha…LET’S GET THE HELL OUT OF HERE!!! »
À coup de bâton, on se fraye sans tarder un chemin hors de la broussaille pour tomber avec soulagement sur une longue plage déserte de sable brun, de l’autre còté de la péninsule. Selon ‘Canada’ qui a dormi ici, à Oberon Beach, avant-hier, l’eau y est plus chaude. Mais aujourd’hui, avec ce vent et ces gros nuages, on laisse faire la baignade et on se contente de s’asseoir au pied d’une dune et de manger quelques prunes en regardant les vagues avant d’entamer les derniers 8 km de notre journée.



Comparé à notre courte mais intense marche d’hier, celle d’aujourd’hui est doublement plus longue (17km au lieu de 8!), mais plus facile (surtout que je ne suis plus handicapée par ma féminité) alors qu’on longe la cote en passant par les plages, avec encore une fois de magnifique vues sur la mer, pour revenir à notre point de départ.
Faut dire que nos sacs à dos sont nettement moins pesants… quand je pense que tout ce poids, on l’a mangé! Et qu’on l’a ensuite brûlé en marchant… wow, quelle machine incroyable, le corps humain!
Enfin, vers 3 heures, on tourne le dernier cap et on entame la longue descente vers Norman Beach, au bout de laquelle se trouve le stationnement, traversant les étranges vestiges noirs et blancs d’une autre forêt détruite par les feux.

Le soleil est au rendez-vous pour nous accueillir chaudement et nous donner l’envie d’aller jouer un peu dans les vagues, pour une dernière fois.



Ce qu’on fera avant de finalement regagner la voiture après une excursion de trois jours, deux nuits et 42km dans la nature du Prom.En jetant les sacs dans le coffre, je réalise qu’on les a peut-être délesté de plusieurs kilos au cours de cette aventure, mais on y a gagné pas mal plus, pas juste en ampoules et en courbatures, mais en souvenirs et en anecdotes pour sustenter nos copains… la preuve, je viens d’en remplir une huitième page…sur laquelle je pense vous laisser…jusqu’au prochain épisodes des palpitantes aventures de Sar aux Antipodes (même Bat-heure, même Bat-poste).
Prenez soin de vous autres! xxxx
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